La pluie tombe, un corbeau me frôle, je chevauche Agro, mon cheval, vers ces terres inconnues. Je traverse un immense pont avant d’arriver en plein coeur de ces terres oubliées, dans un temple où s’alignent d’immenses statues. Une mission m’est confiée par un ancien dieu, pour le ressusciter, je dois vaincre seize colosses. Le ton est donné, dans Shadow Of The Colossus, une quête digne d’un héros antique attend le joueur !

Une fois cette mission donnée, le Dieu en question me présente succinctement mon prochain adversaire à travers quelques phrases énigmatiques. Il me suffit alors de brandir mon épée au Soleil pour que les rayons convergent dans la direction du colosse. Je siffle Agro, il m’est plus rapide de le chevaucher pour atteindre le colosse; la caméra se place un peu en biais, pour mieux me faire apprécier la cavalcade; pas de musique, juste le bruit des sabots de Agro qui martèlent le sol. Suivant la direction indiquée par les rayons, j’arrive face à une falaise et il se déclenche une petite cut-scene accompagnée de quelques notes de flûtes, une sorte d’introduction à l’antre du colosse. Impossible de continuer avec Agro, il me faut grimper, l’occasion de se familiariser avec les commandes : sauter, frapper, faire une roulade et s’agripper. Je remarque alors une boule rose en bas à droite de l’écran qui représente l’endurance. Arrivé en haut de la falaise, voilà le colosse qui apparaît, son regard désincarné me fixe, il ressemble a une véritable forteresse ambulante, un sombre croisement de machine hydraulique, d’humanoïde et d’animal.

La musique apparaît alors, puissante… Evitant ses coups, je parviens à m’approcher de ses pieds, là où il y a de la fourrure, où je puisse m’agripper. Je commence donc à grimper sur le monstre, la musique change alors, s’amplifie, devient plus grandiose, passant d’un espoir étouffé à une quête héroïque ! Il faut avancer avec prudence, à chaque fois que le colosse se débat pour me faire tomber, il faut m’agripper avec la constante menace que la jauge d’endurance se vide. Tant bien que mal, je parviens à atteindre son point faible, celui ci s’illumine alors que je m’approche l’épée à la main. J’y plante mon épée à plusieurs reprises, enfin le colosse s’effondre de façon aussi grandiose qu’il est apparu. Des filins noirs sortent du colosse pour me rentrer dans la poitrine je m’évanouis… Lorsque je me réveille, je suis de nouveau au temple et le Dieu me dit d’aller défier le prochain colosse.

Voilà le déroulement type d’une partie de Shadow Of The Colossus :

Les combats contres les colosses

Vous l’aurez compris, dans Shadow Of The Colossus, les ennemis à abattre sont les colosses et aucun autre ennemi ne viendra vous barrer la route. Chaque combat contre un colosse se découpe en plusieurs phases. Tout d’abord, savoir où se trouve le ou les points faibles, ensuite trouver comment monter sur le colosse, sur ce point chaque colosse est inédit et il faudra ruser pour y parvenir, le jeu fait alors penser à un jeu de réflexion, sauf que là, on a en plus un personnage de quarante mètres de haut qui essaye de vous piétiner, autant dire que la pression est au rendez-vous ! Une fois la technique acquise, il faut la mettre en pratique, c’est à dire s’agripper sur le colosse et avancer vers le point faible en surveillant sa barre d’endurance, sous peine de devoir tout refaire depuis le début. Il est nécessaire de parler de la jouabilité, excellente dans sa simplicité de prise en main, ses possibilités offertes et de ce fait, l’impression de faire partie d’un film épique. En effet, quoi de plus fantastique que de sauter de la tête d’un colosse, évitant de justesse son bras et se raccrocher à son torse !

La zone de jeu

Si il n’y a que des combats contre des colosses, le jeu se résume-t-il alors à un bête enchaînement de pièces avec un colosse dedans? Que nenni ! La carte du jeu est tout simplement immense, et il est souvent difficile de trouver les caches des colosses. Les environnements sont variés : plaines, plateaux, déserts, forêts, lacs, falaises à pics, grottes… C’est bien simple, on rejoue souvent juste pour le plaisir de parcourir ces étendues sur Agro. Chacun de ses environnements procure une sensation onirique intense grâce aux graphismes sublimés du jeu. Les graphismes, parlons-en justement, on voit au premier coup d’oeil que là, la PS2 crache ses tripes. D’un point de vue strictement technique, premièrement c’est époustouflant, le clipping est absent malgré l’immensité des zones, la profondeur de champ est immense, et les colosses sont magnifiques malgré leur taille. On remarquera en revanche des ralentissements assez présents, mais qui heureusement ne nuisent pas à l’action, car ils se manifestent pour la plupart du temps pendant les cinématiques. Ensuite, d’un point de vue artistique, les graphismes sont vraiment miraculeux, les plus beaux qu’on ait jamais fait sans aucun doute. D’une part, par la gestion des lumières tantôt extrêmement puissantes comme dans le temple, tantôt faibles et tristes dans certaines zones de la carte. Ces lumières sont accentuées par un ton sépia omniprésent. Un parti pris osé mais payant, car cela contribue à immerger le joueur dans une immense fresque épique, où chaque environnement est un tableau de maître. Autre point bluffant : les animations, qui sont à la fois étonnamment réalistes pour Wanda (quand on s’arrête sur un escalier, il y a réellement un pied sur une marche et l’autre sur la suivante), et également incroyables quand il s’agit des colosses (contribuant ainsi à leur prestance). Cela rend tout ce monde animé d’une vie propre, en opposition avec le caractère mécanique des colosses, les rendant plus ambigus et passionnants.

J’en arrive à parler du scénario, le point sûrement le plus controversé de Shadow Of The Colossus. L’histoire est merveilleuse de simplicité, permettant en quelques scènes de transporter le joueur dans une véritable fable, un conte. Simple mais pas stupide, elle propose une belle vision de l’héroïsme. Mais de là à dire qu’elle est géniale… le scénario est réellement décharné, les seules vraies scènes de scénario étant celles du début et de fin.

Pour conclure, Shadow Of The Colossus est un des meilleurs jeu de la PS2, même plus qu’un jeu, c’est une véritable oeuvre d’art vidéoludique qui est offerte au joueur, le scotchant devant son écran autant pour l’ambiance, que pour l’expérience héroïque de défonçage de colosse; mais également pour sauver cette mystérieuse fille. Rarement un jeu n’a développé autant d’empathie envers un personnage inconnu (ICO l’a fait avant). Ce qui en fait une véritable métaphore sur la vie : n’est-ce pas se battre pour quelque chose que l’on ne comprend pas ?

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