Samurai Champloo, encore un anime de samouraïs, me direz-vous. Mais détrompez-vous, car c’est plutôt le terme « champloo », la clef de toute la richesse de cet anime. Où est l’originalité ? Quel intérêt ? Venez vite le découvrir !

Quelle fantastique histoire que Samurai Champloo, me direz-vous. C’est sûr, c’est tellement… Non ? Vous semblez en douter. Laissez-moi alors vous donner l’occasion de comprendre comment on peut adorer cette épopée. Ensuite, à vous de juger.

Le scénario, tout d’abord. Nous retrouvons là le fin savoir-faire du bien connu Shinichiro Watanabe, qui a l’art de nous pondre un scénario toujours aussi original. Lequel ? C’est vrai qu’il est difficile de définir un scénario précis, en particulier dans cette série. Comme à son habitude (cf Cowboy Bebop, Animatrix’s two Stories), Watanabe aime les histoires courtes, de dix à vingt minutes. C’est donc une histoire aux multiples scénarios que nous avons à notre disposition, un par épisode ; un double-épisode de temps en temps, pour rompre la monotonie.

Il est vrai qu’un scénario qui s’étend comme à l’habitude sur toute la série peut être entraînant, passionnant, plein de suspense. Ici, le suspense n’est pas de mise. Mais chaque épisode est toujours une nouvelle aventure, comme un album d’Astérix. Ce sont de nouveaux personnages autour des protagonistes, un nouveau thème abordé, une nouvelle ambiance. Tout ceci procure suffisamment de plaisir pour que l’envie d’en voir un de plus puisse s’avérer irrésistible. Et de ce fait, la série est pleine de surprises et de changements de rythme.

Cependant, un fil rouge nous amène logiquement du premier au dernier épisode. Il s’agit pour nos trois protagonistes de voyager à travers le Japon, afin de trouver l’Homme Qui Sent Le Tournesol, personnage important aux yeux de la fille au doux prénom de Fuu. Premier épisode : le départ. Trois derniers épisodes : l’arrivée. Et entre les deux : 22 épisodes pour aborder des thèmes aussi divers que la peinture sur toile, le jeu d’argent, les peintures à la mode des tags sur les murs, le genre de l’horreur, ou celui de l’humour, ou encore les différentes classes sociales du temps de l’Edo, et de la place des samouraïs dans la société, qui n’ont plus d’autre métier que celui de yojimbo (garde du corps). Cette série aborde même les grands changements de l’époque au Japon, tels l’arrivée des américains sur l’île nippone, la contrebande d’armes et de fausse-monnaie, ou la poursuite des chrétiens.

Comme vous pouvez le constater, cette série est riche en références, un contenu fortement inspiré de la réalité du passé du Japon. Certes, le manque apparent de scénario peut en effrayer certains, mais ces différentes histoires, à la manière de Cowboy Bebop, permettent de varier les thèmes, enrichir l’histoire, et surprendre agréablement le spectateur, de telle sorte qu’il en apprenne un peu plus sur le rythme de vie des japonais d’antan.

Maintenant, place aux personnages. Comme dit plus haut, ils sont au nombre de trois. Deux samouraïs, et une jeune fille. Au premier abord, Fuu, la jeune fille, n’a d’autre rôle que de créer la trame de l’histoire, l’objet du voyage, à savoir trouver le samouraï mystérieux. Certes, ce n’est pas tout à fait faux, mais au fil du temps, Fuu s’avère être un personnage attachant, apportant au groupe une touche de féminité, faisant part de ses sentiments, tempérant ainsi la relation entre ces deux samouraïs qui ne s’aiment guère. Arrivera-t-elle à les lier d’amitié ? Ce n’est pas gagné. En tout cas, la présence de Fuu est très appréciable, et fait d’autant plus gagner en intérêt et en sérieux le vrai duo intéressant de la série : Jin et Mûgen.

Oui, parlons enfin de ces deux samouraïs. Jin, tout d’abord, est un samouraï qui a été élevé dans un dojo, par un maître. Il a reçu une éducation stricte, et a appris les préceptes du Bushido, avec notamment son code de l’honneur et son respect pour la lame, ce qui rendra d’ailleurs Jin incapable de prêter à quiconque ses sabres, avec lesquels il compte bien mourir. Son style de combat et son comportement en général sont assez posés, calmes et réfléchis. Jin pense, analyse, avant d’agir. Et lorsqu’il passe à l’action, ses gestes sont précis, économiques, et rapides.

Mûgen, quant à lui, n’a rien à voir. Autodidacte ayant grandi dans la rue, il s’est découvert une habileté à manier le sabre. Mais son style n’en reste pas moins déjanté. Sa force ne réside pas dans la technique, car il n’en a aucune, et préfère foncer dans le tas plutôt que de réfléchir. Il vainc l’ennemi grâce à sa rapidité et son agilité à manier le sabre et les geta. Nous avons donc là une apposition de deux personnages complètement différents, mais le bénéfice n’en est que plus grand pour les scènes de combat, lors desquelles chacun s’amuse à sa façon, pour le bon plaisir du spectateur.

Notons, il est vrai, que le propos n’est pas de découvrir toute l’histoire de ces personnages. Autant le contexte spatio-temporel est fouillé, et les caractères des personnages développés, autant leurs passés sont succinctement évoqués. En fait, seuls les détails justifiant leurs liens avec quelques personnages d’un épisode ici ou là et leurs situation de rônins (samouraïs sans maître) sont donnés. Toutefois, ce manque d’information effectif pourra finalement s’avérer secondaire, tout comme il peut l’être pour Cowboy Bebop. Enfin ça, c’est à vous de voir.

Par ailleurs, il est ici fort à propos d’expliquer d’où vient le titre Samouraï Champloo : le terme « champloo » vient d’un plat traditionnel japonais dont le principe est le mélange de divers ingrédients comme le poisson, la volaille, ou les légumes. Par extension, le mot « champloo » peut de nos jours se traduire par l’idée de « mélange », « d’association ». N’est-ce pas justement l’idée dans notre série d’associer deux types de samouraïs ? (à savoir le vrai, éduqué, et le faux, autodidacte, si j’ose dire…) Regardez d’ailleurs les images de l’opening : à chaque personnage est associé un ingrédient. Malin, n’est-ce pas ?

Bon, on a fait le tour des personnages. Ne vous inquiétez pas, il y a quand même quelques surprises au programme. Après avoir fait le tour du contenu de la série, je ne peut conclure avant de passer un peu de temps sur le contenant, c’est-à-dire comment l’équipe de conception a mis tout ça en images. Eh bien c’est tout bonnement sublime. Images, voix… Mais avant cela, je vais parler de l’élément sans doute le plus surprenant : la bande sonore. La musique accompagnant les aventures de Jin, Mûgen et Fuu est en effet d’un genre osé, à savoir le hip-hop. Alors mis en avant comme dans l’opening, ce genre peut s’avérer troublant, voire même repoussant. J’avoue avoir regardé l’opening deux fois sur vingt-six (la première fois que j’ai regardé la série, bien entendu). Mais les extraits accompagnant chaque épisode sont assez bien mêlés aux scènes, et finalement, outre l’opening, ce genre passe très bien. Il renvoie notamment à un des anachronismes, se référer au paragraphe suivant. Il est tout de même mêlé à un genre plus traditionnel de musique japonaise. Ce duo musical peut renvoyer au duo Jin-Mûgen. Jin le plus calme et posé s’accompagne d’une musique tranquille, alors que Mûgen vit sur le hip-hop à travers son vocabulaire, sa démarche, et même son style de combat, lorsqu’il se met à faire la toupie au sol pour repousser les assaillants. Le duo de samouraïs perdure donc à travers la musique.

Par ailleurs, avouons que les dessinateurs assurent un max. Certes, le dessin en lui-même n’a peut-être rien de plus que d’autres séries, mais le style est quand même sympa, et la mise en action des personnage est une belle réussite. Entre les poses classes et les plans succulents, les combats prennent vie et nous font saliver. À noter que s’ils ne se font pas rares, il sont assez (non-pas bâclés, mais) condensés. Mais que préférer ? Deux minutes de combat excellent ? ou dix minutes d’ennui, au bord de la lassitude, et du désir profond que le combat ne se termine ? Non, les passages de combats bénéficient d’une animation de haute qualité qui leur donne toute leur splendeur.

Et pour finir, faisons le point sur les voix : celles de Jin et de Fuu sont interprétées très correctement, respectivement par Ginpei Sato et Ayako Kawasumi. Mais la voix de Mûgen (Kasuya Nakai), c’est autre chose : une belle performance. L’énergie qui entraîne Mûgen dans ses délires est notamment transcendée dans la voix : il s’agit là d’un élément assurément important dans la création du caractère de Mûgen. Plus qu’une série à l’animation correcte, Samurai Champloo est bel et bien un bijou, aux détails peaufinés et à la mise en mouvement réussie. C’est de ce fait un plaisir de regarder un épisode, quel qu’il soit, rien que pour la prouesse technique.

Avant de conclure, une petite note de particularisme de la série déjà évoquée, à savoir les anachronismes. En effet, le périple de nos jeunes héros, de chez Fuu à Nagasaki, en passant par Tokyo, (ou devrais-je dire Edo, comme on l’appelle à l’époque), se déroule pendant la période Edo (oui, c’est le même terme, mais qui désigne du coup les XVII, XVIII et XIX ièmes siècles au Japon). Cependant, plusieurs éléments viennent troubler ce contexte temporel. Tout d’abord, il ne faut pas être surpris que les trois voyageurs croisent sur leur chemin des jeunes écoutant du hip-hop, lecteur-cd portatif en bois sur l’épaule. Il ne faudra pas non-plus s’étonner d’avoir la présence dans un épisode de la célèbre toile de Gauguin, Les Tournesols, qui a été peinte en 1888, à savoir alors que l’Edo prenait fin. Le plus fun, naturellement, sera de suivre les péripéties de peintres, qui à défaut de bombes, vont taguer les monuments de la ville avec leurs pinceaux et leurs pots de peinture. Ces anachronismes sont bien dans la veine des petits détails qui font l’originalité de la série.

Avec un contenu riche en références et en diversité, et un soin particulier tant visuel que musical, cette série se distingue avec son ambiance unique et ses personnages charismatiques porteurs d’un code du samouraï décalé. Samurai Champloo : une œuvre unique à ne pas rater.

Pas de réponse à “Samurai Champloo”
  1. renaud dit :

    c\’est long!

  2. Rip dit :

    …dixit quelqu\’un qui a mis moins d\’une semaine à regarder la série, lui qui ne regarde jamais d\’animes, alors bon…

  3. Kirox dit :

    … dixit quelqu\’un qui a mis 4 mois à répondre à ça XD

  4.