Dans un pays où reposent toutes sortes de provinces différentes, la jeune Kino accompagnée de sa moto Hermès voyage à travers la contrée, s’arrêtant quelques jours dans chaque village. Chaque séjour est l’occasion de découvrir les us et coutumes du coin d’un point de vue extérieur. Encore un voyage inititaique me direz-vous. Oui, mais cette fois, ce n’est pas seulement l’héroïne qui va profiter de l’expérience pour mûrir, mais aussi le spectateur.

Thème récurrent dans un bon nombre de mangas, ainsi que dans la chanson de Desireless, le voyage est source d’apprentissage, de réflexion et d’ouverture d’esprit. L’Odyssée de Kino ne fait pas exception, et ce thème constitue l’essence même du scénario. Quasiment chaque épisode est consacré à la découverte d’un nouveau village, ses habitants et ses coutumes, comme a su le faire le Gulliver de Swift dans ses voyages, ou même le Petit Prince de Saint-Exupéry. Un chouïa répétitif n’est-il pas ? Dans l’idée oui, mais l’intérêt n’est pas dans la surprise scénaristique.

L’univers créé par Keiichi Sigsawa dans la nouvelle dont est tiré l’anime ressemble un peu à celui imaginé dans Ailes Grises de Yoshitoshi Abe : hors du temps, étrangement grand et paraissant vide. On pourrait presque parler d’univers Abeien (et non pas commutatif). Les couleurs un peu ternes, la musique et les bruitages assez aériens renforcent aussi cette impression. Kino, ainsi que le spectateur, semble flotter librement dans ce monde, voyageant à sa guise entre les villages. Quant aux graphismes, d’un point de vue purement artistique, ils sont magnifiques. Il faut certes adhérer au style, mais on a parfois l’impression d’admirer de la peinture en mouvement, comme l’illustrent quelques unes des images sur la gauche de la page.

Mais ce n’est pas pour autant que vos neurones se sentiront relaxés, car l’Odyssée de Kino est un anime « qui fait réfléchir ». Les contrées que Kino traverse doivent toujours être considérées comme une métaphore d’un phénomène de société qui touche le monde actuel. Souvent pertinantes, les problématiques abordées envisagent le pire des cas dans la plupart des cas et se veulent non pas alarmantes mais tout du moins préventives. Comme il n’y a rien de plus parlant qu’un exemple, je m’en vais en tirer un du premier épisode. Si vous voulez éviter de vous spoiler un tantinet sur celui-ci, passez donc au paragraphe suivant sans toucher 20000 francs. Le premier épisode se déroule dans une ville où les habitants sont tous dans l’incapacité de se rencontrer. Comme l’explique un des habitants à Kino, ce problème trouve sa source dans une découverte scientifique faite par les biologistes du coin. Ces derniers avaient inventé une boisson qui permet à celui qui la boit de pouvoir entendre les pensées de son interlocuteur. Tous les habitants en ingérèrent alors, et tout se passa pour le mieux pendant quelques semaines. Les conversations étaient toutes sincères, toute fraude était rendue impraticable et l’honnêteté était de mise. Seulement voilà, il était devenu impossible de garder un secret, et chacun sait que nous avons tous notre jardin secret que nous ne désirons pas révéler. Les habitants sont rapidement devenus paranoïaques et se sont isolés les uns des autres, craignant chaque conversation, et ce même au sein des couples qui se sont depuis tous séparés. Que retenir de cette histoire ? On peut y voir tout d’abord une métaphore de l’avancement scientifique qui semble faire tout pour améliorer notre quotidien, mais qui peut avoir des conséquences terribles que personne n’aurait pu prévoir, car aveuglé par les avantages immédiats. Ensuite, de l’importance de garder ses propres secrets et montre qu’une honnêteté trop prononcée peut s’avérer néfaste au final.

Répétez ainsi la même opération pour chaque épisode (à peu de choses près), et vous obtiendrez une série qui, à défaut de changer votre conception entière de la vie, vous fera au moins cogiter sur des thèmes aussi variés que le bien-fondé de la démocratie, la religion, la guerre ou même la robotisation. Le point de vue de Kino en tant qu’étrangère lui permet d’aborder ces situations nouvelles de manière raisonnée, comme est amené à faire le spectateur. Ce personnage paraît d’ailleurs étrangement détaché du monde dans lequel il vit, et observe les événements d’un oeil attentif et curieux, comme pour que l’on s’identifie mieux à lui, ou plutôt à elle. Car oui, malgré ce que vous auriez pu croire en regardant les screenshots, Kino est bien un personnage féminin. On est cependant loin des personnages volontairement androgynes typiques des shojos, ici Kino a une raison pour paraître si peu féminine, au point d’utiliser des pronoms personnels typiquement maculins. Cette raison étant expliquée plus loin dans la série, je ne vais pas m’attarder là-dessus ; sachez toutefois qu’elle existe. Quant à Hermès, son compagnon de route et moyen de transport attitré, il joue le rôle du confidant et tente parfois de raisonner Kino malgré sa personnalité un peu enfantine et naïve.

Au final, l’Odyssée de Kino est une série très intéressante pour ceux qui n’ont pas peur d’un anime plutôt contemplatif, même s’il s’y trouve quelques rares (mais intenses !) scènes d’actions. Elle prouve aussi que l’on peut proposer des réflexions intéressantes, sans pour autant avoir à déballer de la philosophie de comptoir à deux euros avec plein de scènes incompréhensibles pour faire croire au spectateur qu’il est intelligent (nonon, je ne vise pas du tout un certain anime de mécha dont le nom commence par E et finit par vangelion…). À voir si vous aimez les fables poétiques.

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