Jean, un jeune inventeur français, se rend à Paris où se déroule actuellement l’exposition Universelle, avec pour objectif de gagner le concours d’aviation grâce à un engin de sa création. Sur place, il fera la rencontre de Nadia, une jeune fille échappée d’un cirque, et l’aidera à échapper à des bandits tentant de s’emparer de la mystérieuse Pierre Bleue qu’elle porte autour du cou. Très convoité, ce cristal semble en outre avoir un lien avec le monstre des mers qui terrorise les océans. À Nadia et Jean de faire le voile sur ces mystères tout en se dirigeant vers l’Afrique, la terre natale de Nadia.

Ce nom ne doit pas vous être inconnu, puisque Nadia et le secret de l’eau bleue a été diffusé en France sur la cinquième chaîne au début des années 90 dans une version censurée de partout (merci AB Productions), et a eu droit à une rediffusion récente sur Game One en 2001 dans sa version intégrale (merci Cyril Lambin). Série culte au Japon, Nadia regroupe des grands noms de l’animation, à commencer par Hideaki Anno, qui a réalisé par la suite le très peu connu Evangelion. L’idée originale du scénario revient à Hayao Miyazaki, lorsqu’une chaîne de télévision japonaise lui demanda de concevoir des projets de séries animées dans les années 80. Après avoir pris la poussière pendant dix ans au fond d’un tiroir, les studios Gainax retombèrent sur ce projet et l’adaptèrent à leur sauce pour former l’anime qui nous intéresse aujourd’hui. Ceci explique les quelques similitudes qui existent entre Nadia et Laputa, long-métrage du sieur Miyazaki. Adaptation très libre du roman « Vingt mille lieues sous les mers » de Jules Verne, la série se permet en outre de revisiter le mythe de l’Atlantide ainsi que d’autres légendes notamment religieuses comme l’épisode de la tour de Babel. Remarquons d’ailleurs qu’Anno semblait déjà intéressé par les métaphores bibliques, puisqu’il en utilisera par la suite de nombreuses autres dans Evangelion, mais je laisse le soin à khyos de développer ce point dans son futur (très lointain) maxi dossier consacré à NGE. Exit les méchas, et place à l’aventure et l’action !

Nadia a donc une quizaine d’années derrière elle, et ça se voit (et là le plus beau, c’est que ma phrase s’applique aussi bien à la série qu’à l’héroïne). Ce n’est pas moche, c’est tout simplement un peu vieillot. Il faudra donc quelques épisodes afin que vos yeux se réadaptent à ce décalage temporel pour pouvoir apprécier la série graphiquement à sa juste valeur, même si je trouve qu’elle a particulièrement bien vieilli. La bande originale est composée par Shiro Sagisu qui officia par la suite sur Evangelion, Kare Kano et dernièrement Bleach. L’auditeur attentif aura remarqué que ce sont toutes trois des osts de qualité ; Nadia ne fait pas exception, puisque qu’elle contient d’excellents thèmes musicaux.

Si l’histoire peut faire croire au premier abord à une classique série d’aventure à travers le monde, la série s’oriente plutôt par la suite dans une toute autre direction. À savoir le combat d’une bande de résistants contre une armée qui désire prendre le contrôle du monde en utilisant une technologie ancienne. Résumé hyper succint je vous l’accorde, mais en gros c’est ça. Outre cette lutte entre deux camps, l’anime prend le temps de développer un background assez riche empruntant aussi bien à la religion qu’au domaine de la science. Il est d’ailleurs amusant de noter que la série se déroule en 1900 et fait pourtant apparaître des découvertes scientifiques récentes comme le sous-marin, la fission nucléaire, ou même l’hypothèse de la dérive des continents. On ne peut cependant pas vraiment parler d’anachronisme puisque ces éléments s’intègrent de manière cohérente dans le scénario, les personnages étant les premiers surpris quand ils découvrent tout cela.

Parlons-en d’ailleurs de ces personnages ! Passons vite fait sur Jean qui ressemble à un prototype de geek mais sans ordinateur, époque oblige, obnubilé par ses inventions mais tout de même gentil et dévoué, et intéressons-nous à Nadia, l’héroïne qui donne son nom à la série. Si en apparence elle semble toute gentille, ne vous y fiez pas. En elle se cache une véritable tête à claques : colérique, têtue, impatiante, végétarienne et refusant d’accepter le style de vie de ses proches, j’en passe et pas forcément des meilleures. Les occasions de vouloir lui coller une baffe ou deux dans la série ne manquent pas, et c’est avec jouissance que l’un des personnages réalise ce désir en lui en plaçant une bien méritée. Encore une fois, on notera la similude avec Eva qui réussit le tour de force de proposer un héros encore plus tête à claques. Vous l’aurez compris, c’est du côté des personnages secondaires que se trouve l’interêt. Mention spéciale au capitaine Nemo, rayonnant de charisme à dix kilomètres à la ronde, tout simplement classe. Le trio Gladys/Caius/Titus (Grandis/Samson/Hamson en VO, et vous noterez la non-pertinance de la traduction) fait office de gentil contrepoids comique, partageant pourtant quelques moments de gloire avec les héros. Mentionnons enfin la gentille petite Marie, découvrant le monde des adultes à travers ses yeux naïfs, et son « mari » Attila le lionceau (King en VO, là encore j’avoue que la démarche des traducteurs m’échappe), tellement humanisé dans ses manières qu’il battrait Flipper le dauphin à un test de culture générale les doigts dans le nez.

Bilan plutôt positif jusqu’ici, mais tout n’est pas rose dans le monde de Nadia, et j’en arrive aux deux gros défauts qui pénalisent la série.

Le premier ne concerne que notre pays, puisque je vais évoquer l’adaptation française. S’il n’y a rien de spécial à redire sur les voix japonaises qui comme d’habitude font un excellent travail, il en est autrement pour la version française que AB nous a infligée. Certaines voix décrédibilisent totalement leurs personnages, comme Nemo ou Argon (Gargoyle en VO, même remarque que les deux parenthèses précédentes), ce dernier ayant d’ailleurs doublé au moins la moitié des méchants de DBZ. On touche d’ailleurs là au deuxième problème : le cruel manque de doubleurs. Certains sont présents plusieurs fois pour faire des personnages secondaires, à tel point que même le moins observateur des spectateurs sera obligé de le remarquer. Et que dire du générique français qui est absolument insupportable, notamment comparé au magnifique générique japonais ? Encore une fois remerçions Game One de nous avoir épargné ce supplice lors de leur rediffusion en remettant le mythique Blue Water au début des épisodes. Dernier point pour couronner le tout, la censure honteuse afin de préserver nos esprits jeunes et innocents. Parfois parce qu’on y voit du sang, parfois à cause d’un décolleté trop prononcé, parfois tout simplement parce que ce n’était pas assez politiquement correct pour l’époque, cette censure est globalement idiote et coupe parfois des moments importants du scénario comme le passé d’Electra.

L’autre boulet que traîne la série est constitué par une dizaine d’épisodes (du 23 au 34), qui narre les aventures de nos héros sur une île déserte, puis en Afrique. Tranchant nettement avec le reste de la série, cette partie cumule les défauts : dessins approximatifs, humour cartoonesque douteux, scénario aberrant, personnages agissant de manière incohérente… La raison de ceci : le succès de la série. Il faut savoir que Nadia était initialement prévue pour une trentaine d’épisodes environ. Seulement, au bout d’une vingtaine d’épisodes diffusés, le succès fut tel que la chaîne NHK demanda aux studios Gainax d’allonger la série d’une dizaine d’épisodes. Ces derniers manquant de temps et de moyens durent déléguer cette tâche à des studios secondaires situés en dehors du Japon, donnant ainsi naissance à ces fameux épisodes.

Que ces quelques aspects négatifs ne vous empêchent cependant pas de vous lancer dans la série, le premier pouvant être facilement effacé si vous vous dirigez vers la Vost. Nadia est une série de qualité, qui supporte particulièrement bien le poids des années, captivante du début à la fin (ou presque, cf le paragraphe juste au dessus), comportant des personnages attachants (ou presque, cf encore plus haut) et se déroulant dans un contexte raffraichissant et inhabituel : le début des années 1900. On aperçoit d’ailleurs un Paris très bucolique et plutôt ressemblant au tout début de la série, certainement un hommage à la nationalité de Jules Verne. Sachez enfin qu’il existe un film, sorti en France en dvd, qui tente de faire suite à la série. Notez bien le verbe « tenter » puisque ce long métrage est tout simplement une daube : mal dessiné, mal animé, mal scénarisé, pas réalisé par Anno ou la Gainax et renié par quasiment tous les fans de la série. Faites donc comme eux et oubliez jusqu’à son existance, vous ne vous en porterez pas plus mal.

Pas de réponse à “Nadia, le secret de l’Eau Bleue”
  1. Nemie dit :

    Je suis 100 % d’accord avec toi et tes constats sur la VF sont criants de vérité ! Je ne suis donc pas la seule à avoir vu la VO ! Chouette !

  2.