Bienvenue dans un musée, le musée d’un monde aux tons impressionnistes, les tableaux s’enchaînent et étrangement s’animent, l’eau ruisselle, l’herbe vacille au gré du vent et dans le ciel les dirigeables s’en vont au loin. Ce monde se nomme Iblard Jikan, plus qu’un anime, une expérience visuelle.

Mais que se cache t-il derrière cet énigmatique synopsis ? Tout simplement un projet du bien connu Studio Ghibli, mais surtout un projet trop méconnu du peintre japonais Naohisa Inoue. Cet artiste est à l’origine du monde d’Iblard, un univers utopique et imaginaire qui est représenté au travers de tous ses tableaux. Et c’est à partir de ces tableaux que l’anime Iblard Jikan a été créé.
Le principe est à la fois simple et ingénieux : créer un film qui serait une simple succession de peintures. Vous me direz que n’importe quel dessin animé est une suite de dessins, mais ici il n’est pas question de dessins mais de réels tableaux, de peintures qui prennent vie.

Et là vous me demanderez  » C’est tout ? « . Et oui, c’est tout. Ni scénario, ni dialogue, une simple succession de scènes orchestrées autour d’un tableau, le tout englobé par un fond sonore à la mesure enchanteresse de l’oeuvre. Critiquer l’anime reviendrait plutôt alors à critiquer les tableaux d’Inoue, et je ne suis en aucun cas critique d’art (en y réfléchissant je ne suis pas non plus grand critique d’animes), mais cela ne va pas m’empêcher de donner mon avis. Les peintures d’Inoue sont fortement inspirées des oeuvres impressionnistes, le monde d’Iblard qu’il peint est un monde de verdure, partout les plantes s’installent, la moindre parcelle de terre, le moindre bâtiment, tout n’est que nature. Mais aussi un monde d’architecture, sur tous les tableaux on retrouvera les délires architecturaux plus ou moins inspirés de l’artiste, de la gigantesque ville flottante à la simple maison de campagne. Les tons sont magnifiques, très contrastés, basés sur trois couleurs : le vert (la nature), le bleu (l’eau), et le rouge (les bâtiments et fleurs).

Ce qui fait la particularité de ces tableaux, c’est qu’ils s’animent… l’eau ruisselle magnifiquement, jamais elle n’a été aussi belle dans un anime, les fleurs éclosent, les animaux vaquent à leur vie, les portes et fenêtres s’ouvrent. Le spectacle est unique, à la fois magnifique, calme et saisissant. Mais, car il y a un mais à cet ovni visuel, les personnages humains qui traversent les peintures n’ont pas un style qui concorde avec celui de l’artiste. Ce charac-design 100% Ghibli fait un peu tâche malheureusement, on aurait préféré des personnages à l’aspect plus crayonné, aux contours moins tracés et aux couleurs plus fouillies, pour coller à l’ensemble des tableaux. Il en va de même avec le peu de 3D intégré à l’oeuvre, celle-ci est très basique et fait vieillotte quand on voit de quoi sont capables les animateurs 3D de nos jours.

La musique, elle, joue un rôle primordial dans l’anime, elle fait partie intégrante de l’ambiance retranscrite par les tableaux, souvent très posée, parfois enjouée. Composée minutieusement, elle colle parfaitement avec le reste de l’oeuvre, il en va de même au niveau des bruitages qui donnent vie aux différentes scènettes.

Au final Iblard Jikan est le comble du contemplatif, magnifique graphiquement et musicalement mais aussi très lent, ce qui bien sûr irritera les récalcitrants au genre. C’est une expérimentation visuelle d’Inoue Naohisa qui est absolument à tester, qu’on aime ou qu’on déteste, il faut se faire un point de vue sur ce spectacle ou encore cette  » exposition  » qui aurait peut-être plus sa place dans un musée plutôt que sur nos écrans de télévisions ou d’ordinateurs. Pour bien apprécier l’oeuvre, votre hôte vous conseille de goûter à une version HD dont la beauté est tout bonnement à couper le souffle.

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