Sena Kobayakawa est un jeune lycéen sans grande qualité, si terne qu’il se laisse marcher dessus par à peu près tout le monde, et doit alors jouer les larbins pour ses aînés qui en profitent. Ces années de corvées lui ont tout de même permis de développer une vitesse supersonique en course, par peur de se faire battre pour ne pas arriver à temps. Le jour de sa rentrée au lycée Deimon, il est vite repéré par le démoniaque capitaine de l’équipe de football américain du lycée : Hiruma Yoichi, qui cherche justement des équipiers pour participer au prochain tournoi. Au départ contraint et forcé, il finira par s’attacher peu à peu à ce sport particulier et ensemble avec le sympathique Kurita, ils rassembleront une équipe de bras cassés qui se fera reconnaître au sein du tournoi avec pour objectif le fameux Christmas Bowl en finale.

Manga de sport au synopsis peu original peut-être, mais il faut avouer que le sport choisi par les auteurs est pour le moins surprenant. Peu reconnu mondialement hors des USA, le choix du football américain était plutôt risqué, comparé à des sports plus médiatisés comme le basket, le football ou le tennis. Moi même j’ai connu quelques réticences en apprenant le sujet du manga, et il m’a fallu prendre en compte de nombreux avis favorables avant de me lancer dans l’aventure Eye Shield. Et que n’aie-je bien fait ! Au point qu’il est en aujourd’hui devenu mon shonen préféré. C’est pourquoi je vais moi aussi dans cet article essayer de vous donner envie de tenter la lecture en six temps, car ce serait bien dommage de passer à côté de ce petit bijou.

Premier constat : HAHAHAHAHAHA !! On marque ici une première différence par rapport aux autres shonens du genre : la carte du délire est brandie dès le début. Là où un Prince of Tennis aime à se prendre trop au sérieux avec ses personnages poseurs et ses coups impossibles, ici c’est déconnade non stop. Les techniques spéciales sont délibérément exagérées à grand renfort de mise en scène (plans en contre plongée, fumée et aura visible…), les designs des personnages sont totalement délirants (Kurita et Komusubi en tête), et les gags visuels et les jeux de mots abondent. Crédibilité zéro, mais fun max ! Et l’humour marche à merveille, que ce soit les délires du très simiesque Monta ou les plans machiavéliques de Hiruma, de nombreux fous rires vous attendent.

Deuxième réaction : AHHHHHH MES YEUXXXXXXXX !! C’EST TROP BEAUUUUU !! Le dessin de Yusuke Murata est en effet très riche, fourmille de petits détails visuels, et son design des personnages bien que souvent très délirant est d’une classe sans nom. De plus les scènes d’action sont superbement bien rendues et à se crever les yeux (argh, ca ve etrs pludur de tapr au claver maintnant). L’impression de vitesse de Sena par exemple est un modèle du genre, on croirait vraiment qu’il court à la vitesse de la lumière au vu des illustrations. Ou encore les Sphinx de Taiyo qui paraîtraient presque de la taille du Sphinx grandeur nature. Gageons tout de même que le dessin ne serait sûrement pas aussi soigné si Murata devait se charger aussi de l’écriture du scénario. Une telle répartition des tâches permet en effet au dessinateur de consacrer sa pleine semaine au dessin, chose ma foi peu répandue dans l’univers du manga, mais qui a pourtant donné d’excellents résultats (par exemple Takeshi Obata pour Blue Drag… euh Hikaru no Go et Death Note).

Troisième observation : EUH… JCAPTE RIEN AU JEU !! Et oui, comme le rugby, le football américain contient un nombre incalculable de règles et de stratégies qu’on ne soupçonnerait pas forcément au premier abord. Heureusement pour nous, Sena est un débutant complet dans cet univers, ce qui permettra d’inclure dans le manga de nombreuses explications des règles, toutes parfaitement incrustées et bien mises en scène, de manière à ce qu’elles ne soient pas trop rébarbatives. Parfait pour une première introduction à ce sport, surtout pour des personnes comme moi qui n’en avaient jamais vu un seul match auparavant. Bon, on aborde tout de même pas toutes les subtilités du jeu non plus, puisqu’il m’est arrivé de me demander encore après une vingtaine de tomes « ah bon, on a le droit de faire ça ? ».

Quatrième surprise : C’EST QUI LUI DEJA ?? On dénombrera à peu près une quinzaine d’équipes développées dans le manga, tous avec leur lot de personnages charismatiques ou non. Il suffit de regarder les différentes présentations des personnages au début de chaque tome pour se convaincre de l’immensité du casting (ainsi que du talent du dessinateur) puisque ces derniers contiennent à chaque fois au bas mot une bonne trentaine de personnages différents. Et si vous ne les retiendrez certainement pas tous, quelques uns (les nombreux rivaux de Sena entre autres) ne manqueront pas de marquer votre esprit soit par leur charisme palpable, soit par leur débilité profonde (ahhh Taki…).

Cinquième… remarque (je commence sévèrement à ramer pour trouver des synonymes) en deux temps : HEY MAIS ILS SONT OU LES MATCHS ?? / HEU Y’A QUE DES MATCHS ?? Explication de ce combo : la première partie de la saga est constituée de la phase de recrutement et d’entraînement où les Devil Bats constituent petit à petit une équipe de winners et s’exercent pour le futur tournoi, tout cela entrecoupé de petites scènes humoristiques. Passé la dizaine de tomes, on entre dans la phase de tournoi, et c’est là qu’interviennent le gros de la série : les matchs. Ces derniers sont assez longs (aux alentours de trois tomes pour le plus long à ce jour), et si vous n’aimez pas les retournements de situations à gogo, les dépassements de soi, les affrontements de tactiques et de techniques, passez votre chemin. Même si ES21 laisse une part rafraîchissante de ses pages aux « à côtés », il est après tout logique qu’en tant que manga de sport, la majorité du temps soit consacrée au jeu en lui-même. Ces matchs sont d’ailleurs superbement scénarisés, dans la plus grande tradition du shonen le suspense est toujours de mise, et ce n’est pas toujours celui auquel on s’attend qui remporte la victoire…

Sixième et dernier…. point : HEU CA VEUT DIRE QUOI PARANGON DE LA VIRILITE ?? Comme il fallait bien un point négatif pour compenser tant d’adjectifs mélioratif, je vais évoquer l’adaptation française de Glénat. S’il n’y a rien à reprocher au niveau de la traduction dans les deux premiers tomes, il en est autrement pour les suivants suite à un changement de traducteur. Les bulles sont jonchées de formulations maladroites (« l’homme Musashi »), de niveaux de langages qui ne conviennent pas du tout à la personne qui parle (Mamori qui parle comme un camionneur) ou même tout simplement d’expressions à peine françaises (« ce sera mon plaisir ») ! Un véritable massacre qui gâcherait presque la lecture. Sans parler de l’adaptation graphique de Digibox qui laisse fortement à désirer sur les premiers tomes (gros carrés qui viennent cacher certaines planches), ou de la politique éditoriale de l’éditeur qui consiste à changer la quatrième de couverture, ou de donner un ton verdâtre aux sous couvertures (quand elle n’est pas purement et simplement supprimée comme au tome 10), etc. Si tout cela est quasiment invisible si l’on ne connait que la version française, il suffit de jeter un oeil aux scans et autres raws pour se sentir vite lésés par rapport à nos amis nippons. Bref carton rouge à Glénat, surtout quand on voit qu’ils sont capables de fournir une adaptation tout à fait correcte sur d’autres titres (One Piece par exemple).

Que cela ne vous empêche pourtant pas d’y jeter un œil, ces défauts d’adaptation n’empêchent (presque) pas ce manga d’être un petit chef d’œuvre du genre. Drôle, magnifiquement dessiné, intense et bourré de personnages charismatiques, ce shonen est vite devenu une référence malgré son sujet atypique. Toujours en cours au Japon après 25 tomes et toujours aussi intéressant, il reste à espérer que les auteurs gardent un tel rythme et ne faiblissent pas. Alors courrez vite acheter ce manga à la vitesse de la lumière, sans oublier de marquer un touchdown dans la face de Glénat. YA-HA !

Pas de réponse à “Eyeshield 21”
  1. Cloudf dit :

    Un manga tout simplement énormE ! De l\’action à chaque page, et un sport peu connu en Europe que l\’on découvre avec plaisir. Eyeshield 21 est pour moi l\’un des plus grands mangas de ces derniers temps. Sans être fan à 100% de football américain, ce manga vous plonge dans l\’intensité et l\’émotion si bien décrite par Yusuke Murata et Ruchiro Inagaki. La pair parfaite est là, le manga dégage une sorte d\’extase à chaque minute consacrée à sa lecture.

  2.