Level 5 (Dark Chronicle, Dragon Quest VIII, Rogue Galaxy) qui nous a habitué à des RPG de très bonne qualité sur console PS2 et plutôt orientés action, nous livre Jeanne d’Arc, un T-RPG sur PSP. Celui-ci se fait fort de concilier les hardcore gamers du T-RPG et un public un peu plus large. Mais qu’en est-il vraiment ?

Graphiquement tout d’abord, Level 5 se démarque de la concurrence (d’ailleurs pourquoi les T-RPG n’évoluent pas graphiquement depuis 5 ans ?). Exit les sprites, le studio nous gratifie d’une modélisation des personnages en cel shading du plus bel effet. Du coup les animations sont plus travaillées qu’avec des sprites. Evidemment on pourra reprocher le look SD « Grosses têtes » (nd Kirox : avec Philippe Bouvard ?) qui rend les persos mignons mais un brin ridicules (ça rappelle les sprites, sûrement pour ne pas trop brusquer le public de fanboy du tactical). Personnellement j’adhère (qui a mis de la colle sur ma chaise ?), on bénéficie d’une animation soutenue avec toujours le plaisir d’avoir sous ses ordres des petits bonhommes. De plus, le jeu bénéficie de cut-scenes animées de très bonne facture, où les personnages sont plus sérieux, ce qui rend le scénario assez tragique dans les scènes les plus importantes.

Parlons ensuite de ce qui rebutera sûrement la majorité d’entre vous : le fait que le jeu retrace l’histoire de Jeanne d’Arc. L’histoire en elle-même, sans atteindre des sommets, est toujours prenante et très soutenue, avec pas mal de rebondissements (pas si clichés que ça d’ailleurs). Bien sûr et vous vous en doutez, l’histoire de France a été un peu modifiée, avec un roi d’Angleterre possédé par un démon, et une armée de démons contrôlée par les anglais pour attaquer la France. On rencontre également des elfes et autres créatures mi-hommes, mi-animales. Ils ont même utilisé une ficelle du scénario pour permettre de continuer l’histoire après que Jeanne d’Arc fut brulée vive sur son bûcher (mais pas trop ridicule pour autant). Ensuite cela relève de l’appréciation personnelle sur le coté « français » du jeu et le mix entre un univers d’heroic-fantasy et la France du moyen-âge. Ca a le mérite d’être original et ça me fait beaucoup rire sans pour autant gâcher l’histoire (les persos français qui parlent anglais avec un gros accent, moi je trouve ça drôle). Sauf pour la grenouille qui s’appelle Cuisses, là c’est abusé !

Bon c’est bien joli tout ça, mais faudrait quand même parler du gameplay. Sur la carte du monde on se déplace de stage en stage avec quelques stages facultatifs. Les personnages ne peuvent s’équiper que d’une seule arme, ce qui détermine un peu leur rôle au sein de l’équipe. On retrouve ici les poncifs du genre : épée, arc, hache, bâton, lance, dague. Cependant au niveau des compétences, Jeanne d’Arc se démarque de la concurrence avec un système original et qui offre une grande liberté de personnalisation. En effet chaque personnage possède des emplacements de compétences, de 3 à 6, dans lesquels on peut placer n’importe quelle compétence, ce qui permet de personnaliser ses combattants. On peut ainsi attribuer n’importe quelle magie à n’importe quel personnage. Ces compétences s’obtiennent en battant des ennemis ou encore en les combinant pour en obtenir de nouvelles. Le nombre de compétences est assez élevé, et qui plus est le fait qu’il y ait relativement peu d’emplacements oblige de les choisir judicieusement (on peut toutefois les changer entre chaque mission).

Sur le champ de bataille vous disposerez de 2 à 7 persos selon la mission. Les combats sont assez classiques mais intègrent tout de même deux techniques rendant le jeu très stratégique. Une en attaque : la « burning aura », après avoir attaqué un ennemi (avec une attaque physique), la case derrière l’ennemi se mettra alors à briller et quiconque se placera dessus fera une attaque burning aura beaucoup plus puissante. La deuxième technique est défensive, si un de vos personnages ou plus sont sur des cases adjacentes lors d’une attaque ennemie, il se déclenche une « unified gard » qui réduit les dégâts reçus. Ces deux techniques obligent le joueur à placer son armée avec sagacité.

Il ne faut pourtant pas prendre ce titre à la légère, en effet tout en restant accessible, la plupart des missions proposent un challenge certain. Cela est dû en grande partie à la limite de temps et des MP qui se chargent à chaque tour, ce qui oblige le joueur à ne pas trainer. On pourra râler d’être forcés à « bourrer », si l’on préfère tuer chaque ennemi à petit feu tout en soignant chacun de ses persos. Je trouve au contraire que cela oblige souvent à faire des choix difficiles, intéressants et stratégiques et évite de rendre les missions ennuyeuses.

Enfin parlons un peu des défauts, surtout de game design (car je suis pointilleux sur ça). En premier lieu les boss sont extrêmement énervants, en effet on les tue pendant cinq missions d’affilées en croyant à chaque fois qu’ils sont morts. Franchement, à chaque fois c’est la même chose : on est super content de le voir s’écrouler, disparaître et dire un truc du genre «Aaargh, non c’est impossible » pour finalement comprendre à la mission d’après qu’il s’était enfui ! Autre défaut plus énervant, les game designers ont trouvé super intelligent de faire apparaître des renforts ennemis en plein milieu d’une mission (c’est louable pour éviter l’ennui), mais ceux-ci apparaissent en plein milieu du champ de bataille ! Non seulement ça, mais en plus ils attaquent tout de suite !! Ruinant ainsi toute la stratégie que l’on avait prévu en tapant nos persos qui étaient en parfaite sécurité 30 secondes avant ! Non seulement c’est débile («Oh j’avais pas vu arriver l’ogre à 2m devant moi») mais c’est surtout particulièrement énervant au vu de la difficulté déjà assez élevée. Franchement ça n’aurait pas été compliqué de les faire apparaître dans un coin de la map !

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écrit par Mithrandir le [28/09/07]

Malgré ces quelques défauts mineurs (il n’y a heureusement pas de renforts ennemis à chaque mission), Jeanne D’Arc est un très bon tactical-RPG. Globalement il reprend les mécanismes connus du genre tout en ajoutant tout un tas de petites idées fort agréables. Le tout est servi par une histoire assez prenante pour avoir envie de suivre les pérégrinations de Jeanne et des graphismes qui font enfin honneur au genre. Bref un incontournable pour les passionnés des T-RPG en attendant Final Fantasy Tactics, ainsi qu’un bon moyen pour les néophytes de se convertir à ce genre si unique.

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