C’est en été 1996 qu’apparaît pour la première fois Team Fortress. Modification de Quake développée par trois étudiants australiens, ce jeu s’impose rapidement comme une référence en multijoueur bien avant Counter Strike et autres Quake III qui hanteront les week-ends réseaux des PC-istes de la fin du vingtième siècle. Sa force : pour la première fois dans un FPS multi, chaque joueur peut se spécialiser en choisissant une classe qui déterminera ses armes, ses capacités et son rôle sur le champ de bataille. Devenant très rapidement le mod de Quake le plus joué sur la planète, Valve Software se résolut à sortir ( et ce, étonnamment, bien après l’annonce du développement de Team Fortress 2 ) Team Fortress Classic comme modification de Half Life premier du nom. Presque 10 ans après ces événements, nous pouvons enfin nous éclater la tronche joyeusement sur les serveurs de TF2. Oui parce que Team Fortress 2 c’est un peu long.

Je l’évoquais rapidement dans mon intro, TF2 fait partie de ce qu’on appelle les arlésiennes du jeu vidéo avec les S.T.A.L.K.E.R. et autres Duke Nukem Forever. Annoncé, tenez vous bien en 1997 et prévu à l’époque comme modification de Quake II, puis annulé, puis relancé. Il ressurgit de nulle part, alors que personne ne l’attendait plus depuis belle lurette, il y a un an, lors de l’annonce de HL² : épisode 2. Et hop ! A la date convenue (c’est tellement rare qu’il faut le souligner), Valve permet aux pré-acheteurs du Orange Pack de pouvoir s’adonner à une version beta de TF2 remplacée quelques jours plus tard par la version finale.

La première surprise, qui avait déjà fait « effet » lors de la sortie des premiers visuels et vidéos du jeu, c’est le design osé, amusant et cell-shadé choisis par les développeurs pour leur nouveau titre de guerre online. Inspiré des longs métrages de Pixar, les personnages ont des traits comics particuliers qui conservent la maturité du titre tout en donnant un aspect dessin-animé au design général du jeu, un peu à l’image de la première animation de Batman, les connaisseurs comprendront. En ce qui concerne les graphismes dans leur globalité, le moteur source fait encore des merveilles sans faire exploser les budgets. Avec une carte graphique modeste, le jeu tourne de façon fluide avec un rendu et une définition plus que correcte. Pour ceux qui ont la chance de posséder une machine dernier cri (nd Kirox : AHHHHHHHHHHHH !), ils pourront alors profiter de somptueux effets aux noms plus compliqués les uns que les autres et d’une définition maximale. Sans arriver aux sommets graphiques que sont les jeux de la nouvelle génération (Bioshock ou Crysis), le moteur maison de Valve montre une fois de plus qu’il est possible d’avoir de magnifiques rendus sans carte 3D dont le prix équivaut à deux Playstation 3.

Mais après tout, comme le disait déjà le philosophe Xénophane en 550 avant JC : « Les graphismes ça sert à rien s’il n’y a pas un gameplay qui va avec, bordel de merde ! ». Et j’aurais tendance à dire que dans un premier temps, il (le gameplay) est moins surprenant que ce que à quoi on aurait pu penser après l’agréable surprise visuelle. En effet, les développeurs ont choisi de nous refaire plus ou moins exactement le même gameplay que les précédents Team Fortress : deux équipes, l’une bleue, l’autre rouge se font la guerre sur un terrain de jeu plus ou moins grand. Après une petite vidéo montrant brièvement les objectifs de la map, le joueur choisit son camp et sa classe parmi les neufs proposées, qui sont les mêmes que le premier opus. Elles sont classées en trois catégories : attaque (scout, solder et pyro), défense (engineer, heavy et demoman), et soutien (medic, sniper et espion). Chaque classe détient ses points forts et ses points faibles : le scout est rapide et possède un double saut mais a beaucoup moins de points de vie que le heavy qui est très lent mais dispose d’une puissance de feu dévastatrice. On peut noter quelques petits changements comme la suppression du pistolet à poison du medic qui le rend quasiment 100% défensif ou la disparition pure et simple des grenades que possédaient toutes les classes, ce qui rend les tourelles plus difficiles à détruire. Ces petites subtilités ne sont pas là pour déplaire aux fans mais pour roder un gameplay déjà fort bien équilibré auparavant. Pour ce qui est des objectifs des sept maps officielles disponibles, on fait encore dans le classique avec les traditionnels « capture the flag » et autres points de capture. L’originalité du titre vient principalement de son interface simple et extrêmement efficace. Ainsi, un joueur novice saura très vite dès sa première partie ce qu’il doit faire, où il doit aller et les subtilités de sa classe : saut-bazooka du soldat ou poignardage dans le dos de l’espion. On s’amuse donc très rapidement et les différentes classes nous proposent plusieurs types de jeu allant du FPS bourrin traditionnel avec le soldat à l’infiltration avec l’espion en passant par la stratégie à la limite de la micro-gestion avec l’engineer. Le level-design est aussi une réussite, les maps sont tortueuses et construites toutes en hauteur pour certaines, complètement en opposition avec les maps ouvertes et planes des FPS online à la mode ces temps-ci. On regrette juste leur nombre restreint même s’il est évident que d’autres suivront plus tard grâce aux créations des level-designers du dimanche.

Même si ce TF2 ne brille pas par ses nouveautés, son originalité graphique, son gameplay peaufiné au maximum et son interface lisible et abordable font de ce titre une très bonne surprise après ces neuf longues années d’attente. Valve tient là un jeu qui possède le potentiel de détrôner Counter-Strike dans le cœur des geeks du monde entier, qui règne depuis plus de huit ans maintenant sur le royaume des FPS onlines. Il est à noter que la sortie de TF2 correspond avec celle de la Communauté Steam qui propose gratuitement (à contrario du Xbox Live) de créer son groupe d’amis et de communiquer textuellement et vocalement pendant ses parties online. Ce qui contribuera sûrement à l’épanouissement de ce très bon jeu.

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