9 ans !! Il aura fallu attendre 9 ans pour que Final Fantasy Tactics arrive enfin sur nos côtes verdoyantes, sur PSP et renommé Final Fantasy Tactics : The War Of The Lions. Rappelez-vous les temps de disette de la PSX, où le fan de tactical tel que moi n’avais qu’un Vandal Heart et un Front Mission 3 à se mettre sous la dent !! Bien que depuis le temps on ait trouvé des moyens détournés pour pouvoir jouer à FFT, ce remake de FFT répare l’affront qui nous avait été fait.

Je préviens d’entrée de jeu, FFT est mirifique, un de ces jeux qui frôlent la perfection, un jeu absolument culte. Bien sûr, aujourd’hui tout le monde connait le monde d’Ivalice grâce aux récents jeux Square-Enix estampillés Ivalice Alliance, mais il faut savoir que FFT fut le premier jeu à utiliser ce magnifique univers crée par le sieur Yasumi Matsuno. Pas encore de races autres que les humes mais on retrouve la patte inimitable de Matsuno, c’est-à-dire un monde réaliste, sombre, compliqué et passionnant.

On suit alors les pérégrinations de Ramza Beoulve, fils d’un héros et d’une courtisane, qui sera entrainé dans une histoire où se côtoient, meurtres, trahisons, politique et bravoure.

L’empereur des RPG Tactiques

Aujourd’hui encore, FFT s’impose comme un des meilleurs T-RPG grâce à son système de combat d’une richesse inouïe. Celui-ci reprend le système de jobs de Final Fantasy V en l’améliorant. On peut donc choisir parmi un panel de job assez conséquent pour ses persos, et ce panel s’étoffera bien sûr tout au long du jeu. En plus d’un niveau global, les personnages ont un niveau de job qui sert entre autres à débloquer de nouveaux jobs, par exemple il faut être monk lvl 4 pour pouvoir devenir geomancer. Bien sûr, ce ne sera pas toujours aussi simple, pour débloquer les jobs les plus puissants il faudra être expérimenté dans plusieurs jobs. De plus, chaque action rapporte des job points à dépenser pour acquérir de nouvelles capacités. Celles-ci se divisent en 4 catégories : les capacités actives (black magick), les capacités de réaction (counter), les capacités de déplacement (move+2) et les capacités d’amélioration (equip shield). Une fois ces capacités apprises, on peut bien sûr les utiliser avec le job en question, mais aussi avec n’importe quel autre job. On peut changer de job à tout moment, celui-ci octroie un domaine de capacité active de base (White Magick pour les white mage) mais on peut après choisir un domaine de capacité active d’un autre job, une capacité de réaction, une de déplacement et une d’amélioration. Le nombre de compétences est assez faramineux et les choix souvent cornéliens, khyos vous le dira, je le fais chier tous les jours avec des phrases du genre : « Putain, je prends revive en monk et du coup je peux changer en géomancien pour la prochaine mission ou alors je prends Critical : restore mais du coup je dois retirer counter ??? ».

Voilà pour ce qui est de l’évolution des personnages, mais FFT présente aussi des originalités de taille durant les combats. Au lieu du classique tour par tour, dans FFT chaque personnage possède une caractéristique de vitesse qui remplit une jauge, et lorsque celle-ci atteint 100 c’est au tour du personnage. Mais en plus de cela, les magies mettent également du temps à se charger, un personnage peut donc se déplacer et éviter votre attaque. Vous pouvez bien sûr centrer la magie sur lui, mais s’il se colle à un de vos persos, les deux prendront le fire dans la face. Chaque magie possède une caractéristique de vitesse, mais heureusement une pression sur la touche droite permet de savoir à quel moment sera lancé le sort. Ce système est plutôt déstabilisant la première fois qu’on y joue, mais impose des choix très stratégiques et donc très intéressants. Ajoutons à cela des zones très variées et vous obtenez le fait qu’aucune mission ne ressemblera à une autre.

Cependant je vous préviens ! Ne pensez pas jouer à FFT comme vous avez joué à FFTA ! FFT est beaucoup plus dur, ce qui rebutera le néophyte mais enthousiasmera le fan qui peste sur FFTA où il suffit de bourrer dans le tas pour gagner. En effet, le jeu est incroyablement difficile grâce à des ennemis très forts et sans pitié. L’IA ne fait pas de cadeau et c’est uniquement vos compétences de tacticien qui vous permettront de gagner. A tel point que l’on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec un jeu d’échec, où il faut penser avec minutie à chaque action, et prévoir toutes les actions adverses.

Quelques menus défauts avant de passer à la suite, devant un gameplay si merveilleux, on est en droit de relever des absences dommageables qui n’ont pas été corrigées avec ce remake. Tout d’abord les cartes en 3D ont des géométries bien bizarres, et parfois on ne voit carrément plus ses personnages ! Un petit sprite avec juste le contour pour faire remarquer qu’il y a un personnage derrière l’élément du décor eut été bienvenu (oui, je suis un game designer dans l’âme). Ensuite les déplacements, lorsque l’on choisit une case pour un de ses persos, il y a un message de confirmation demandant si on accepte de bouger à cet endroit, jusque là ok, mais après c’est impossible d’annuler un déplacement !! Très énervant quand on veut par exemple vérifier si à tel endroit, tel ennemi est à portée de tir de l’archer, on est obligé de compter les cases. Cependant plus on avance dans le jeu moins c’est embêtant, je me suis habitué à faire attention à chacune de mes actions et à voir assez rapidement les portées des sorts et armes de tirs. Enfin, il est assez énervant d’avoir toujours des boites de dialogues inutiles : « choisissez une case à portée », « ciblez un ennemi à portée », « choisissez votre direction » qui demandent deux confirmations, alors qu’une fois le jeu pris en main on n’en a plus besoin.

Alors paraît qu’il y a un buzz sur le Matsuno crou ?!

Alors comme je l’ai dit plus haut c’est Matsuno qui créa le monde dans lequel se passe FFT, c’est également lui qui rédigea le scénario, et quel scénario !! Loin des intrigues clichées ou de celles à l’eau de rose qui caractérisent certains des derniers Final Fantasy, FFT nous propose un scénario complexe, fouillé, adulte et passionnant. On incarne donc Ramza Beoulve qui se retrouve empêtré dans une affaire de complot avec de multiples personnages charismatiques. La guerre des lions fait rage en Ivalice, où les ducs Goltana et Larg (les deux lions) se livrent une bataille acharnée pour le contrôle du royaume. Celle-ci épuise le pays et ses habitants. En parallèle, une organisation secrète tente de ramasser des pierres aux pouvoirs soi-disant divins. Au milieu de tout cela, Ramza tentera de dénouer les intrigues qui visent à manipuler les gens. Ici pas de grand méchant qui est battu par une équipe de gentils, mais que des personnages aux intentions louables mais souvent aux méthodes controversées et Ramza se battra pour ce qu’il espère être la justice tout au long du jeu. Pour rendre un peu compte du niveau de scénario, imaginez une intrigue du niveau de FF XII, mais avec des scènes de scénario à pratiquement chaque mission, ce qui donne ainsi un scénario d’une richesse incomparable et un background hyper-développé.

Matsuno est également épaulé par ses compères Hitoshi Sakimoto à la musique et Akihiko Yoshida au chara design. Niveau graphisme, les personnages sont en 2D, les décors en 3D, et le chara design de Akihiko Yoshida colle parfaitement aux sprites. Le travail effectué sur ceux-ci est d’ailleurs impressionnant, on voit bien que l’animation en 2D n’a plus aucun secret pour les développeurs. A noter que le coté mignon des sprites ne nuit en rien à l’ambiance sombre et médiévale pour ceux qui en doutaient (sprite 2D étant communément associé a mimi ces temps-ci). Après ce n’est que mon point de vue personnel mais je trouve que Akihiko Yoshida est le plus grand chara designer de tous les temps, offrant un design où l’on reconnaît parfaitement toutes les classes en un clin d’œil tout en étant à la fois réaliste et non caricatural.

Ensuite Hitoshi Sakimoto (avec Masaharu Iwata) se charge de la bande son pour parfaire l’ambiance. On retrouve donc des thèmes très rythmés qui font la part belle aux violons et aux orgues. Le résultat nous plonge encore plus dans une ambiance médiévale teintée de bravoure et de gloire. Un petit bémol cependant pour les bruitages qui sont ridicules pour la plupart, surtout quand un perso meurt, on dirait un bruit de porte qui couine.

On obtient alors une des plus belles ambiances qu’il m’ait été donné de voir dans un jeu vidéo, et la meilleure dans un tactical. L’équipe de Yasumi Matsuno semble soudée derrière lui tellement l’univers, l’ambiance et le gameplay sont cohérents et riches. Sûrement la plus belle production de ce trio magnifique avec Vagrant Story. On voit bien d’ailleurs dans les derniers opus d’Ivalice alliance que sans l’équipe au complet, on perd de la superbe et du sérieux de l’univers d’Ivalice.

Remake up ?

Bon alors mais qu’y-a-t’il de nouveau dans ce remake sur PSP par rapport à la version originale ? Tout d’abord et évidemment un écran en 16/9eme. Ensuite la plus flagrante et la plus accrocheuse des nouveautés sera bien sûr les magnifiques cinématiques en images de synthèse qui subliment le style de Hakihiko Yoshida. En plus, contrairement à la version japonaise, les cinématiques sont agrémentées de voix de très bonne facture.

On verra aussi dans ce remake l’apparition de Balthier de FFXII et de Ruso de FFTA2 comme personnages optionnels en plus de Cloud de FFVII, ainsi que deux nouveaux jobs : Dark Knight et Onion Knight.

De plus Square-Enix a eu la gentillesse de rajouter des baisses de frame rate lorsqu’on lance une magie !! Bon plus sérieusement, c’est assez ahurissant de voir que d’un côté Square fait des merveilles avec Crisis Core et les Kingdom Hearts et que de l’autre un simple portage rame ! Le portage a été sous-traité ce qui explique un peu cela. Ces ralentissements de frame rate vont de l’acceptable jusqu’à l’exaspérant. Autant pour une grosse magie ou une grosse invocation ça ne rame pas trop et ça rend même plus classe la magie, autant pour un simple lancer de pierre c’est super énervant !

On bénéficie également dans ce remake d’un mode multi-joueurs qui permet de jouer avec un ami (mais pas sur internet) pour faire des missions l’un contre l’autre ou en coop. Ces missions permettent de débloquer de nouveaux objets et c’est vraiment plaisant de jouer à un tactical en multi, ce qui est trop peu souvent le cas.

Ce remake bénéficie également d’une traduction refaite. Mais ne rêvez pas, elle est toujours en anglais, pour le malheur des anglophobes et même des anglophones de niveau normal. En effet l’anglais écrit dans FFT : The War of The Lions est tout sauf l’anglais qu’on entend en Angleterre ou aux Etats-Unis, c’est de l’anglais ancien avec des tournures tarabiscotées. Même moi qui suis un habitué des tactical en anglais, me retrouve obligé de regarder des mots dans le dictionnaire tellement certains sont inutilisés (nd FireShot : à l’époque, on disait inusités) de nos jours. Alors c’est sûr, cela rendra le jeu encore plus obscur pour le néophyte (en supposant qu’il n’ait pas été découragé par la difficulté) mais cette nouvelle traduction est beaucoup plus proche de ce qu’avait écrit Yasumi Matsuno à l’origine et renforce encore l’ambiance incroyable du titre.

En conclusion, FFT The War of The Lions est le plus grand Tactical RPG de tous les temps grâce à un sans-faute sur tous les points, un système riche, un challenge constant et motivant, une histoire géniale et un univers superbe. Mais ce jeu n’est pas fait pour tout le monde et ce n’est pas plus mal, il joue à fond la carte de l’élitisme en proposant un challenge assez énorme et aucune traduction française. On se retrouve donc avec un jeu sans concession pour hardcore gamer fan de tactical, je ne baserai donc ma note que dans le cas où vous faites partie de cette catégorie socio-culturelle.

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