Comme pour chaque génération de consoles, les RPGs sont les jeux les plus lents à apparaître dessus, mais aussi ceux qui restent le plus longtemps. Odin Sphere en est un bel exemple, alors qu’on croyait la PS2 morte et enterrée. Odin Sphere s’inspire de la mythologie scandinave et nous propose de suivre le destin de cinq héros au destin hors du commun. Sous ce synopsis classique se cache un chef d’œuvre de George Kamitani et de son studio, Vanillaware, pourtant peu connu sous nos latitudes. Permettez-moi de vous le présenter.

La première chose qui attire chez Odin Sphere, c’est bien sûr sa physique plus que généreuse. Vanillaware crie ainsi son amour pour la 2D, mais pas la vieille 2D de Super Nes, non. De la 2D ultra léchée avec des sprites, des animations et des décors à couper le souffle, comme vous avez pu le voir sur les screens que vous avez regardés avant de lire ma prose. Chaque screen étant un tableau à lui tout seul. Les sprites sont extraordinairement détaillés et bien animés, mais bénéficient également d’un design fantastique ; que ce soit les personnages principaux charismatiques à mort ou les boss immenses et superbes, la qualité est de mise.

Le jeu tout entier s’articule comme un livre. On commence l’histoire avec Gwendolyn, la fille d’Odin, alors que la guerre fait rage entre les Aesir et les Vanir pour le contrôle d’un chaudron aux pouvoirs immenses. Qualifié d’Action-RPG, Odin Sphere est beaucoup plus orienté Action que RPG, les niveaux sont composés de zones circulaires où apparaissent des nuées d’ennemis à abattre. Une fois ceci fait, on obtient alors une note et des récompenses associées à la performance effectuée. Il faudra donc battre les ennemis rapidement et en prenant un minimum de dégâts pour obtenir un max de trésors. On se retrouve donc avec un gameplay bourrin, mais la difficulté et le score obligent à être tout de même assez précautionneux. Surtout que le personnage possède une inertie assez bizarre, avec des sauts qui mettent un peu de temps à agir par exemple, l’anticipation est donc indispensable. On peut ensuite changer de zone et recommencer ainsi jusqu’au boss, les niveaux ont une architecture assez intéressante, avec des embranchements et des demi-boss. On pourra d’ailleurs connaître la difficulté d’une zone et la récompense accordée pour aller nettoyer la zones des ennemis, à condition bien sûr d’avoir la carte du niveau.

Pour ce qui est de l’aspect RPG, déjà l’équipement est réduit au minimum syndical, on peut seulement équiper un accessoire à l’effet souvent dispensable. Ensuite l’expérience se divise en deux parties : la première c’est le niveau de psypher (nom de l’arme que l’on porte), celle-ci augmente au fur et à mesure que l’on récupère des phozons, énergie vitale laissée par les adversaires lorsqu’ils meurent. Augmenter son niveau de psypher augmente donc sa puissance d’attaque. Ensuite on a un niveau de points de vie, qui détermine naturellement son nombre d’HP. La façon de gagner des niveaux est cependant plus originale : on peut en effet planter des graines, qui après avoir aspiré des phozons, donneront des fruits que l’on peut ingurgiter pour gagner des HP mais aussi des points d’XP, et après un certain nombre de fruits, le maximum d’HP augmente. On peut également collecter des ingrédients pour se faire mitonner des bons plats au resto des lapins pour un gain d’XP bien supérieur. En plus de tout ça, on a également un système d’alchimie qui permet de créer des potions aux effets divers. On obtient ainsi un gameplay RPG très intéressant, dans le sens où l’on doit toujours réfléchir et choisir : aspirer les phozons ou bien faire pousser des plantes, utiliser les objets ou bien les garder pour le restaurant, etc. On acquiert également quelques compétences, déclenchables grâce à une psypher jauge qui se remplit lorsqu’on absorbe des phozons.

On enchaîne ainsi les chapitres, les boss et les niveaux en suivant l’histoire passionnante de Gwendolyn. Puis après environ 8H de jeu, on finit son histoire et on passe alors à un nouveau personnage, dont on suivra l’aventure qui se déroule en parallèle à celle de Gwendolyn. Et là on se rend compte que les niveaux sont les mêmes que ceux de Gwendolyn, mais pas seulement eux : les boss sont également exactement les mêmes. En effet, il y a seulement dix zones dans Odin Sphere, chaque personnage en parcourt sept, et on incarne cinq personnages tout au long du jeu. C’est en effet le contrecoup de la 2D qui, pour faire des niveaux de cette qualité, demande des sacrifices. On se retrouve donc tout au long du jeu à évoluer parmi les mêmes niveaux, battant les mêmes boss et les mêmes ennemis, simplement dans un ordre différent. De plus, tous les personnages se jouent plus ou moins de la même manière, il y a heureusement quelques variations bienvenues : Gwendolyn peut parer et planer avec ses ailes, Mercedes tire à distance et vole, Oswald peut se transformer quelques instants… Les coups spéciaux sont hélas également les mêmes d’un perso a l’autre, simplement appris dans un ordre différent. C’est l’unique mais conséquent défaut du jeu : sa répétitivité. Au moins cela apporte une durée de vie étendue, quarante heures sont nécessaires pour finir le jeu.

Heureusement l’histoire, elle, n’est pas du tout répétitive : chaque perso suit sa petite histoire personnelle pour finir le jeu sur un énorme final magnifique. Au sujet du scénario, j’en ai rarement vu un aussi bien écrit, aussi beau et aussi émouvant. Il mêle histoire de royaumes se faisant la guerre, amours impossibles, forces mystiques et prophéties. George Kamitani nous livre ici une histoire digne des plus beaux contes de fées, mais également digne des plus belles légendes et tragédies antiques, une histoire haletante, merveilleuse et sophistiquée. Il faudra en effet se triturer les méninges pour réussir à voir les concordances de scénario entre les personnages, mais également entre ce qui se passe et les prophéties, et on pleurera de bonheur devant des personnages si charismatiques, grâce à un doublage anglais tout simplement extraordinaire. Notons également la traduction intégrale du jeu en français, ce qui n’était pas gagné d’avance.

Un autre point qui rebutera sûrement pas mal de gens, c’est la difficulté extrême de Odin Sphere. En effet, certains boss sont à se tirer les cheveux, à la première rencontre on leur enlève un sixième de vie et on se demande si il n’y a pas un truc. Il faudra donc de la persévérance pour abattre certains boss, ou alors passer du temps à augmenter ses HP, sa puissance et faire le plein d’objets curatifs. De plus comme je l’ai dit plus haut, il faut prendre en compte l’inertie des personnages, ce qui rend le gameplay assez exigent, parfois trop lorsque par exemple un boss prend toute la place sur l’écran et qu’on ne comprend pas ce qui se passe. Cependant c’est une aubaine pour les hardcore gamers qui recherchent du challenge. On notera que deux des boss tiennent leur difficulté du fait que passé les 5 premières secondes, le jeu rame atrocement : en effet, ces boss ont la vilaine manie de faire apparaître plein de petits monstres qui malmènent la PS2, qui tombe direct à 5-6 frames par secondes, et là vos nerfs seront mis à rude épreuve. Heureusement à part pour ces deux boss et quelques rares autres cas, le frame rate reste constant.

Un mot sur l’OST composée par le grand Hitoshi Sakimoto. Celle-ci change par rapport à ses autres OST connues, je pense surtout à FFT, FFXII et Vagrant Story, où la musique donne plus que tout une ambiance. Bien sûr dans Odin Sphere on retrouve cela, avec une forêt sombre et mystérieuse ou encore un volcan à l’ambiance oppressante, mais c’est surtout les thèmes des personnages et du scénario qui sont magnifiques et resteront le plus à l’esprit, chose rare pour Sakimoto. Ceci grâce à des mélodies particulièrement belles qui ne sont pas légion dans sa discographie. Pour résumer, l’OST est magnifique avec des musiques d’ambiances et de combats qui prennent bien aux tripes mais également des mélodies envolées sublimes.

Odin Sphere est une perle, un action-RPG au gameplay typé action précis et addictif, avec une touche de RPG juste ce qu’il faut. Le tout enrobé par une physique irréprochable, une bande-son sublime et une histoire comme on en voit rarement dans le jeu vidéo. Cependant la quintessence de la puissance de Odin Sphere n’est pas accessible à tous, son côté répétitif et sa difficulté sans égale la destine a un public de connaisseurs et aussi de forcenés. Les casual gamers passeront donc leur chemin, cependant le jeu en sera encore plus gratifiant pour ceux qui le réussiront. Je n’ai jamais été aussi heureux de finir un jeu, un mélange de bonheur pour les personnages qui ont sauvé le monde et de satisfaction d’avoir battu le dernier boss qui était immense, magnifique et incroyablement retors.

Pas de réponse à “Odin Sphere”
  1. yoruichi dit :

    Très bon test , à l\’image de ce magnifique jeu qui m\’a fortement rappelé Valkyrie profile à certains moment !

    L\’une des dernière grosse tuerie de cette increvable PS2 , a acheté les yeux fermés lorsque l\’on se prétend fan de RPG 😮

  2.