Neon Genesis Evangelion est une œuvre qui reste dans le cœur de nombreux adeptes de la japanimation, et tout particulièrement dans le mien. Gavé au Club Dorothée quand j’étais petit, j’ai eu droit à une bonne éducation à coups de DBZ et Saint Seiya jusqu’à ce qu’on stigmatise ces animes comme étant trop violents et contenant trop de références sexuelles pour nos petites têtes blondes (les pauvres avaient tort, je n’ai encore jamais tué personne à coup de Comète de Pégase). Je fus donc privé de la maturité des dessins animés japonais pendant un bon bout de temps, jusqu’au jour où j’ai pu découvrir sur la chaîne Canal + cette œuvre qui a bouleversé mes référentiels comme avait pu le faire Final Fantasy VII un an plus tôt.

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Assieds toi mon enfant

La première fois qu’on goûte à ce qu’est réellement l’animation japonaise construite, ça a de quoi vous mettre sur le cul, alors imaginez quand vous n’avez que 12 ans et que vous êtes face à une œuvre aussi poussée dans son scénario, dans la maturité et dans la philosophie. On se demande sur quoi on est tombé, il est où le Super Saiyan et son Kamehameha? Pourquoi les personnages ont-ils l’air si réalistes ? On se retrouve d’un coup en train d’incarner Shinji, on vit sa souffrance, son désir d’exister et d’obtenir la reconnaissance du monde pour ses actes.

Le graphisme à la pointe de l’animation à cette époque et cette réalisation aux plans cultes marque à vie, je n’avais rien vu d’aussi beau en dessin animé, imaginez passer d’Olive et Tom à ça, c’est passer de Super Mario Bros à Super Mario 64, une grande baffe dans ta gueule.

Au fil des épisodes, on se retrouve donc complètement immergé dans cet univers à la fois si réel accentué par la présence de personnages si profonds et de scènes de vie quotidienne criantes de vraisemblance, et à la fois si fantastiques (robots géants, monstres venus d’ailleurs).

Je me souviens qu’arrivé à la fin des 24 premiers épisodes, je n’avais pas tout compris loin de là, mais j’avais vécu quelque chose de grandiose. Pendant 24 épisodes j’avais été ce Shinji qui se bat à bord de l’Eva 01, qui vit et souffre dans un monde torturé par une guerre sans pitié où personne ne ressuscite à la fin. Mais il restait encore deux épisodes à voir, deux épisodes qui me marqueront à jamais. Tel un philosophe qui touche son premier bouquin de Nietzsche, j’ai assisté aux 40 minutes les plus « low budget » du monde de l’animation mais aussi les plus marquantes de ma vie. Je n’étais pas sûr d’avoir compris ce que j’avais vu, un gamin assis sur une chaise qui pleure ? Non loin de là, j’avais vu une introspection d’un personnage que j’avais incarné pendant 24 épisodes, ma propre introspection à la TV.

Evangelion est reconnu pour avoir inventé le terme « fan service » et on peut se dire qu’à 12 ans un jeune garçon comme moi aurait été intéressé par les scènes où l’on voit Asuka ou Rei en maillot ou encore à poil. Et bien le plus bizarre que ça puisse paraître, je n’ai aucun souvenir d’avoir été affecté par ces scènes. Elles n’étaient pour moi que des simples scènes incluses dans la continuité de la vie quotidienne des personnages, et c’est peut-être dans ces rares passages où je ne me suis pas identifié à Shinji. Simple puritanisme ? Peut-être étais-je pur, ou tout simplement la 3D n’est-elle pas tellement plus belle ?

Après cette expérience unique je ne savais qu’une chose : j’en revoulais, et ce n’était pas les Minikeums qui pourraient me permettre ça. Heureusement Canal + allait m’offrir deux nouvelles tueries qui seront Cowboy Bebop et Lain, mais ceci est une toute autre histoire.

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Pirate tu seras

Aaahh ! Les années 2000 et la démocratisation de l’internet et surtout de l’adsl, j’ai eu la chance d’être un pionnier de l’adsl et des logiciels KaAaA et eMule (à ne pas utiliser les gens c’est illégal), au début on découvre de la musique grâce à ça, puis on se rend compte qu’en tapant, un soir de nostalgie, « Evangelion » dans le champ de recherche on tombe sur des vidéos à télécharger. Il ne m’en fallu pas plus pour faire palpiter le cœur du petit otaku que j’étais, 26 épisodes se trouvaient maintenant dans la liste d’attente. J’avais les yeux rivés chaque jour sur ces barres qui n’avançaient pas et sur ces sources qui partaient et revenaient sans jamais livrer le moindre octet.

Bien heureux je fus le jour ou je pus de nouveau regarder ce mythique premier épisode et revoir Shinji aux commandes de l’Eva 01. Un certain nombre d’années avaient passé, j’avais gagné en maturité et en neurones et la compréhension du scénario m’était enfin accessible. Alors que la première fois je m’étais laissé déborder par la découverte et l’émotion, j’ai pu ici prendre pleine conscience de la dimension scénaristique et backgroundistique de l’œuvre. Je comprenais enfin l’objectif de la SEELE, celui de Gendo Ikari, et grâce à ce fabuleux outil qu’est Internet, en savoir plus sur les différentes références à l’Ancien Testament et aux Apocryphes.

L’œuvre s’est révélée à moi sous un nouveau jour, j’étais toujours en partie ce jeune garçon en quête de reconnaissance qui poutrait de l’ange à coup de progressive knife, mais je prenais aussi conscience du travail d’orfèvre derrière, tout les détails parsemés dans l’histoire et la qualité de la construction de la narration.

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Par un hérisson j’ai été piqué

J’ai ensuite de nombreuses fois revu l’œuvre, j’ai pu la découvrir aussi en vo sous-titrée et commencer à apprécier la dimension psychologique et philosophique qui s’en échappe. A mon premier visionnage j’avais été marqué par cette profondeur qui transparaissait des personnages mais ce n’est qu’après trois à cinq visionnages d’Evangelion que j’ai essayé d’approfondir la compréhension de chacun d’entre eux. Et c’est peut-être en cela que brille le plus cet anime : Neon Genesis Evangelion présente une galerie de personnages qui ont tous subi des événements marquants qui ont bouleversé leur vie, ils ont tous un passé qui a forgé leur caractère et qui explique leurs décisions actuelles.

Ils ont tous quelque chose en eux dans lequel on peut s’identifier, quand on a 12 ans on s’identifie à ce pauvre Shinji totalement paumé, mais quand on grandit on trouve en nous du Misato, du Gendo, du Ritsuko,… tous ces personnages sont une vitrine de notre âme et de notre schéma de pensée. Certains critiquent sévèrement les deux derniers épisodes de l’anime original mais pour moi ce sont eux qui terminent bien l’histoire, l’histoire des personnalités d’Evangelion. Ces deux derniers épisodes se concentrent surtout sur le plan de complémentarité de Shinji Ikari mais j’aurais aimé voir développé le plan de complémentarité de Misato, d’Asuka mais surtout celui de Gendo. Combien d’épisodes aurait-il encore fallu ? Mais surtout est-ce que cela aurait plu ?

Malheureusement aujourd’hui Hideaki Anno a décidé de revenir sur de l’action pure et simple avec ses Rebuild et les personnages de Sadamoto sont prostitués dans plusieurs mangas vides de sens. Je ne dis pas que je n’ai pas pris du plaisir à regarder Rebuid of Evangelion 1.0 car oui la réalisation est magnifique, et oui ça satisfait le plaisir premier qu’on peut avoir de l’œuvre, c’est-à-dire le plaisir de l’action pure et dure et la puissance de la baston DRILLU style, mais c’est au détriment du scénario original et de l’effort d’approfondissement des personnages. Rebuid est un excellent divertissement mais il est loin du chef d’œuvre original, j’ai peur que la suite s’annonce encore pire, Anno nous promettant un anime plus mainstream. Heureusement que Dybex nous a servi un bien joli coffret collector de l’anime original que je me suis empressé d’acheter avec la figurine de Rei (au final j’en ai quand même rien à péter de cette figurine mais bon c’est collector…).

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Une œuvre marquante

Je me rappelle encore d’un weekend où j’avais décidé de me refaire l’intégrale de la série : au final 26 épisodes en l’espace de moins de 24H, je m’en suis retrouvé absorbé par l’œuvre, par sa réalisation magistrale, son background profond et par la complexité de la psychologie des personnages au point de me retrouver à chialer d’émotion lors des deux derniers épisodes. Sentiments mêlés de nostalgie et de fascination.

Au-delà du simple visionnage des épisodes, je peux dire que je me suis construit avec Evangelion, il a été pendant ces dix années ma référence ultime aux côtés de Cowboy Bebop en ce qui concerne l’animation japonaise. Mais l’impact de l’œuvre sur moi ne s’arrête pas là, je pense avoir beaucoup appris de moi-même en réfléchissant avec l’œuvre, il a été une aide à l’introspection. Certains prennent une bible pour trouver des réponses à leurs questions, moi j’ai pris Eva.

4 réponses à “10 ans de vie avec Evangelion”
  1. Faust dit :

    Très bel article et je te comprend tout à fait. Perso, le 1er anime que j’ai vu « post Olive et Tom et Co » fut justement Cowboy Bebop. Et c’est ce qui marqua pour moi la différence entre « dessin animés » et « anime ».

    Je n’ai découvert Evangelion que quelque temps plus tard mais j’ai été tout aussi surpris que toi par la profondeur des personnages : passez d’un ado qui joue au foot avec une épaule déboitée parce qu’il a une méga méga volonté, à un ado qui chiale parce que personne ne le comprend, ça fait tout drôle…

    « J’avais les yeux rivés chaque jour sur ces barres qui n’avançaient pas et sur ces sources qui partaient et revenaient sans jamais livrer le moindre octet. » -> rien que pour cet effort de patience surhumain, on devrait avoir plus de compassion pour les pirates…^^

  2. le gritche dit :

    « Mais il restait encore deux épisodes à voir, deux épisodes qui me marqueront à jamais. »

    J’aime lire ça !

    Pour ma part, on m’a fait découvrir evangelion en cassettes vidéos à partir des épisodes de l’entrée en scènes d’Asuka je crois. S’ensuivit un visionnage catastrophique mais compulsif des derniers épisodes, et plusieurs années après, l’achat de l’intégrale en cassette pour enfin mater tout dans l’ordre.

    « J’avais les yeux rivés chaque jour sur ces barres qui n’avançaient pas et sur ces sources qui partaient et revenaient sans jamais livrer le moindre octet.»

    Tout le monde a regardé ses barres de progression avec un air ahuri, ou une sorte de patience reptilienne. Bon, l’idéal n’est pas de lancer 26 épisodes en même temps mais de savoir optimiser les sources ^^

    « Evangelion est reconnu pour avoir inventé le terme « fan service » et on peut se dire qu’à 12 ans un jeune garçon comme moi aurait été intéressé par les scènes où l’on voit Asuka ou Rei en maillot ou encore à poil. Et bien le plus bizarre que ça puisse paraître, je n’ai aucun souvenir d’avoir été affecté par ces scènes. Elles n’étaient pour moi que des simples scènes incluses dans la continuité de la vie quotidienne des personnages, et c’est peut-être dans ces rares passages où je ne me suis pas identifié à Shinji. Simple puritanisme ? »

    100% d’accord avec toi, sauf que j’irais plus loin: certaines scènes (rarissimes il faut l’admettre) comme le cul de Misato en gros plan ou Rei sortie de la douche me « gênaient » dans le sens où je redoutais qu’on vienne voir ce que je regardais par dessus mon épaule, et je n’ai jamais supporté de mater des images un temps soit peu olé olé en compagnie de quelqu’un d’autre, même si pour moi elles s’intégraient parfaitement dans la série.

  3. Aer dit :

    Y’a plus de fan service en un épisode de GunBuster qu’en 26 d’Eva aussi. Après, les passages croustillants d’Eva sont plutôt sympa et ne font pas voyeurs, contrairement a la plupart des daubes qu’on peut voir de nos jours.

    Et tout à fait d’accord pour l’introspection, au delà du « laul message aux otaku », incompréhensible pour pas mal de monde à l’époque (l’age joue aussi), il y avait un message qui passait de manière plus globale, quelque chose du style « ouvrez les yeux sur ce qui vous entoure un poil plus, ca serait une bonne chose à faire ». Comme ça que je l’ai ressentis en tout cas.

  4. Niko dit :

    Magnifique article pour une série qui l’est tout autant.
    J’ai moi aussi découvert cet anime assez jeune (14ans je crois) et je me suis pris une sacrée claque dans la gueule. Il faut dire qu’avant comme toi je regardais Dragon Ball, Saint Seiya, Olive et Tom, etc… alors passer de tout ça à Evangelion! Waouh!

    A l’époque, je n’avais pas aimé les deux derniers épisodes car trop jeune, mais en les ayant revu quelques années plutard, ce fut une vraie révélation : c’est à partir de ce moment que j’ai vraiment commencé à dévorer anime sur anime.

    Il faudrait que je la revois de nouveau, car ce qui est bon avec Evangelion c’est que ça ne vieilli pas ^^

  5.