50 tomes ce n’est pas rien dans le monde du manga, rares sont les séries qui atteignent un tel chiffre au Japon, et encore plus rares sont celles qui arrivent jusqu’en France. Mine de rien, cela représente tout de même pas mal de temps (la série a débuté en 1997 au Japon, et en 2000 chez nous), de l’argent (disons 6 euros par tome pour faire une moyenne, fois 50 = 300 euros), et surtout plein de souvenirs et de bons moments passés avec cette série qui m’accompagne depuis quelques années maintenant. Et c’est loin d’être fini, puisqu’on en est actuellement à peu près à la moitié, fait confirmé par l’auteur en personne et symbolisé par un événement particulier au tome 50. La sortie de ce tome charnière en France est donc l’occasion idéale de faire un bilan sur ce shonen à succès.

onepiece49

Oui je sais, j'ai pas encore acheté le tome 50 : FAIL


Rappel des faits

Commençons comme une conférence de l’E3 par la partie la moins intéressante : les chiffres. One Piece en manga c’est donc à l’heure actuelle au Japon 549 chapitres, compilés en 54 tomes. Environ 48 chapitres par an sont publiés au rythme d’un par semaine (à quelques pauses près) dans le Weekly Shonen Jump, le magazine de prépublication de manga le plus vendu au pays du soleil levant. Là-bas, One Piece fait augure de véritable phénomène en terme de vente et explose littéralement toute la concurrence, tout style confondu. Environ deux fois plus que ses concurrents directs Naruto et Bleach par exemple, pourtant eux aussi considérés comme des blockbusters. Si vous voulez une idée du phénomène en chiffres, allez jeter un oeil ici par exemple, ou aux nombreux tableaux et chiffres que distille Heiji-sama sur ce topic du forum de Mangaverse.

En France la situation est totalement différente, One Piece se vend tout à fait correctement, mais n’est pas le plus vendeur parmi les shonens, catégorie la plus populaire. L’équivalent en terme de domination de marché seraient plutôt ici Naruto et l’increvable Dragon Ball et ses nombreuses rééditions, qui vampirisent totalement les ventes. Conséquence à la fois du style graphique assez particulier de Eichiro Oda qui divise, du fait que la série ne bénéficie pas de la diffusion sur une chaîne française de l’anime, ou du support sur le net et de l’engouement engendré par la communauté fr (mine de rien, ça joue) qui est bien moindre que pour des mangas comme Death Note ou Fairy Tail par exemple. Je ne m’étendrai pas plus sur le sujet, il y a déjà un très bon article consacré sur Anime-kun.

L’anime puisqu’on en parle, suit lui aussi tranquillement son cours, en comptant aujourd’hui 407 épisodes. Adaptation plutôt fidèle du manga, One Piece est diffusé au Japon au rythme d’un épisode par semaine, et fait toujours parti des animes les plus visionnés à la télévision, aux côtés d’autres séries fleuves comme Sazae-san, Doraemon ou Pokémon. Globalement c’est une bonne adaptation, l’avantage principal étant que contrairement aux autres longues séries adaptées de mangas en cours, on est jamais noyés sous des tonnes d’épisodes fillers (non-adapté de la trame du manga). En contrepartie, on doit subir un rythme extrêmement lent à partir de la troisième centaine d’épisodes à peu près, chaque épisode étant l’équivalent scénaristique d’un chapitre de 20 pages, ce qui est très peu. Enfin, la saga One Piece en anime c’est aussi neuf films et un dixième en cours de production. Si les neuf premiers sont au mieux sympathiques et ne sortent pas vraiment du lot, on est en droit d’attendre beaucoup de choses pour le prochain, étant donné que c’est l’auteur lui-même qui a écrit le scénario.
OP01

Elixir de Longévité

Ou encore : qu’est-ce que Oda a à nous proposer pour prétendre tenir en haleine le lecteur aussi longtemps ?

La réponse est simple : l’imagination débordante de l’auteur. Rares sont les shonens (voire les mangas) à nous proposer autant de diversité visuelle dans les décors ou les personnages. A chaque nouvel arc scénaristique, le manga se renouvelle totalement visuellement parlant : le décor change, le climat change, les personnages secondaires changent, et surtout les personnages principaux changent de vêtements (ça paraît idiot, mais il y a beaucoup de shonens qui ne s’embarrassent pas de ce genre de détail) ! Paradis aquatique, jungle tropicale, mer dans les nuages et plus encore, les différentes îles concoctées par Oda rivalisent à chaque fois de beauté.

Autre moyen de conserver notre attention: le scénario (ou plutôt le fil rouge ?) de l’aventure bien étiré sur la longueur. Pour disons les 45 premiers tomes, on pourrait presque résumer le manga à une successions d’arcs indépendants les uns des autres, sans personnage récurrent à part les héros bien sûr. Mais au moment où le lecteur commence à être lassé, Oda change la donne en ramenant certains personnages importants croisés auparavant, en abordant des points importants de l’univers de One Piece et sa création, et en portant l’intrigue à un niveau supérieur d’incidence. Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler ceux qui ne voient pas de quoi je parle, mais en tout cas c’est vraiment jouissif. Et c’est l’occasion de se rendre compte que l’auteur avait bien pris soin de disséminer des indices partout dans ces 45 premiers tomes, que ce soit dans les mini-aventures racontées dans les têtes de chapitres ou bien juste quelques mentions par-ci par là. Rien n’est laissé au hasard, et le souci du détail est juste hallucinant. Impossible de tout capter à la première lecture, One Piece est donc une oeuvre à lire et relire pour en saisir toute la profondeur.

Et évidemment, les personnages principaux évoluent aussi tout au long du voyage. Pas tant au niveau du caractère (tout du moins pour l’instant), que leurs techniques de combat, qui elles se renouvellent régulièrement. L’équipage compte lui aussi régulièrement de nouveaux membres, tous aussi sympathiques les uns que les autres. A chaque fois la transition se fait naturellement, alors qu’on pouvait se dire qu’ils étaient au complet avant. Avec comme passage obligé le fameux flashback sur le passé du personnage en question. Moments toujours à savourer, puisqu’il semblerait que ce soient malheureusement les seuls passages où l’on puisse voir des morts dans One Piece.

OP02

Long is the road…

Histoire de faire une sorte de bilan pour ce 50eme tome, je vous propose ici de récapituler les grandes questions encore en suspens, ou en d’autres termes ce qu’il reste à faire, arrivé à mi-parcours. Il va de soi que contrairement aux deux parties précédentes, celle-ci sera remplie de spoils pour ceux qui n’ont pas lu, sautez donc jusqu’à la conclusion si vous êtes dans ce cas de figure.

D’abord la plus évidente et celle qui est présente depuis le tome 1 : qu’est-ce que le One Piece ? Question finalement peut-être la moins intéressante, puisqu’on sait tous en bons lecteurs de shonens, que ce qui compte dans un voyage initiatique ce n’est pas le but, mais l’expérience qu’on acquiert au cours du trajet. L’hypothèse la plus probable étant d’ailleurs que le fameux One Piece ne serait qu’un simple témoin de la traversée effectuée, prouvant ainsi qu’on a fait le trajet jusqu’au bout et que le pirate le découvrant a alors acquis suffisamment d’expérience. Hypothèse la plus probable, donc c’est sûrement autre chose, en bonne logique Onepiecienne.

La volonté du D.

Un élément qui revient de temps à autre dans l’intrigue, et qui n’a pour l’instant jamais été explicité sur sa nature. Evoqué pour la première fois par le docteur Kureha au tome 18, Certains personnages sont reliés entre eux par un D. placé entre leurs noms et prénoms. Des personnages pourtant bien différents, qui n’ont aucun lien de parenté à priori (confirmé par la présence du géant Jaguar D. Saul dans leurs rangs). Etant donné que le roi des pirates Gol D. Roger lui-même porte cette marque (ce qui a d’ailleurs été omis dans la traduction française), il y a fort à parier que ce lien porte une grande importance..

Le siècle perdu et le gouvernement

L’histoire du siècle perdu, mentionné par Robin et explicité dans le flashback qui lui est consacré au tome 41, est un des éléments les plus troublants concernant la vraie nature du gouvernement. Tout un pan de l’histoire du monde de One Piece a en effet été effacé des archives, et le gouvernement assisté de la Marine interdit toute recherche sur ce point précis. Si grâce au flashback, nous avons appris que les ponéglyphes ainsi que les armes ultimes proviennent d’une ancienne civilisation qui a été rayée de la carte par le gouvernement en place à l’époque, il nous reste encore à savoir l’étendue réelle des connaissances de cette civilisation, pourquoi le gouvernement veut cacher à tout prix son existence, et surtout pourquoi ont-ils organisé cette disparition ? Reste aussi à savoir les réelles motivations du gouvernement actuel, qui pour l’instant passe clairement pour le méchant à abattre de l’histoire.

Les trois grands pouvoirs

Dévoilé au tome 45, la hiérarchie actuelle des mers de One Piece paraît pour le moins bancale et incertaine. D’abord le gouvernement mondial, qui semble vouloir éradiquer la piraterie, tout en poursuivant ses propres activités louches (voir le paragraphe au dessus). Puis les quatre empereurs du nouveau monde, composé des quatre plus forts équipages de pirate. On ne connaît pour l’instant des quatre que Shanks et Barbe Blanche, mais si ces derniers semblent être en position plus ou moins pacifique, il reste qu’ils sont toujours opposés au gouvernement. Qui les laisse toutefois tranquille pour l’instant, de peur de briser le fragile équilibre. Reste les sept capitaines corsaires, pirates à la base, mais à la solde du gouvernement, en échange de la protection de ce dernier. Un équilibre qui risque d’ailleurs de voler en éclat au vu de l’évènement se déroulant au début du tome 45 qui est véritablement le déclencheur de choses énormes. Sans spoiler tout ce que je peux dire, c’est que ça promet du lourd. Et reste bien sûr à voir la place de Luffy et de son équipage dans tout ça, puisqu’ils montent en puissance tout du long de leur traversée en faisant chier le gouvernement au passage

Les fruits du démon et la technologie

Toute la lumière n’a pas encore été dévoilée sur ces fameux fruits. On sait toutefois (tome 45) que c’est le docteur Vegapunk, scientifique en chef de la Marine, qui a conduit des recherches sur le sujet, et qui a permis par exemple à des objets de bénéficier des pouvoirs de fruits du démon. C’est aussi à lui qu’on doit l’utilisation de la pierre qui permet d’avoir les mêmes propriétés que la mer et de neutraliser ainsi les fruits du démon, mais aussi de travers la Calm Belt sans faire attaquer par les monstres marins. En fait la plupart des avancées technologiques semblent provenir de cet homme, qui doit encore fait son apparition dans l’histoire.

Personnages et lieux divers

Et il reste bien sûr à voir de nombreux personnages et lieux évoqués tout au long du voyage. Au niveau des personnages il manque par exemple à l’appel deux capitaines corsaires qu’on a encore jamais vu, les amiraux de la Marine autre que Ao Kiji, les deux autres empereurs pirates du Nouveau Monde, ainsi que le docteur Vegapunk que je viens d’évoquer. Au niveau des îles, nous avons bien sûr Raftel, l’île finale du voyage. Mais aussi l’île sous-marine des hommes poissons et Elbaf l’île des géants. On ne les verra peut-être pas tous, mais avec encore 50 tomes devant nous, on peut bien avoir de l’espoir !

OP03

…but how fun it is !

Il reste donc encore pas mal de trucs à dire et à montrer, et j’ai entière confiance en Eiichiro Oda pour nous pondre encore 50 tomes d’anthologie. C’est reparti pour une petite dizaine d’années accompagné de One Piece, et je pense que même si je me lasse des mangas entre temps (j’espère pas, mais on ne sait jamais), je continuerai à suivre cette série avec ferveur. Je souhaite donc une santé de fer à l’auteur, afin qu’il continue son manga jusqu’au bout sans anicroche, car en 10 ans il peut se passer énormément de choses. Ca peut paraître un peu morbide, mais je pense que les fans de Berserk qui ont la même peur pour leur auteur me comprendront. Je souhaite aussi à Glénat de continuer fidèlement la parution avec le même traducteur qui fait du très bon boulot (modulo quelques petits détails). Et bien sûr, je souhaite à tous les fans comme moi de prendre leur pied à la lecture pour encore longtemps !

3 réponses à “One Piece : 50 tomes et pas une ride”
  1. le gritche dit :

    Excellent article qui ne se contente pas d’être élogieux en argumentant mais abonde en remarques pertinentes.

    « Je souhaite donc une santé de fer à l’auteur, afin qu’il continue son manga jusqu’au bout sans anicroche, car en 10 ans il peut se passer énormément de choses. Ca peut paraître un peu morbide, mais je pense que les fans de Berserk qui ont la même peur pour leur auteur me comprendront.  »

    Il m’est souvent arrivé de me demander comment je réagirais si j’apprenais qu’Oda avait eu un accident. Quant à Berserk, on n’en verra pas le bout, à moins d’ellipses importantes. J’essaie de philosopher en me disant qu’il me suffit de d’apprécier sereinement chaque chapitres sans trop penser à l’avenir, et encore moins à la fin des mangas que je suis.

    Bref merci. Je sais que des tas de gens aiment One Piece mais il est toujours important de souligner que ce shonen le mérite.

  2. Sirius dit :

    Good job cet article sur One Piece et très complet! One Piece est sans doute le shonen le plus fun que je connaisse et c’est justement mon trip actuellement. J’ai vu la saison première il y a deux ans et j’ai décidé il y a peu de me concentrer sur le manga. Avant de commencer à goûter à l’univers j’étais méchant envers le design d’Oda qui me semblait repoussant et me donnait un prétexte à ne pas le lire. Et là j’avoue que c’est devenu une des grosses qualité d’une série fraiche, originale et éternelle semble-t-il. Car ouais le soucis qui demeure c’est de savoir si l’auteur (et moi-même en passant) aura toujours bon pied bon oeil 50 volumes encore ou sera six pieds sous terre avant le mot de la fin. Vraiment une sacrée belle aventure sinon…

  3. kyouray dit :

    Bon article sur One Piece qui résume bien la chose : un univers riche et une imagination débordante qui ne lassent pas 🙂
    C’est peut-être un peu à cause du début un peu faiblard que One Piece a du mal à conquérir les lecteurs en plus du syle graphique particulier. J’ai aussi les 50 tomes mais le début est dans le sens de lecture française, ça fait un peu tache :v

  4.