Annoncé pour la première fois en avril 2008 dans le magazine Newtype, Eureka Seven: Pocket ga Niji de Ippai (changé en Eureka seveN: Good night, Sleep tight, Young lovers pour sa version internationale), un film basé sur l’univers développé dans la série du même nom, est sorti en avril dernier dans les salles obscures nippones, et en dvd en juin. Mais il a également fait l’objet d’une diffusion pour nous autres pauvres occidentaux, à Paris au Japan Pop Culture Festival début juillet, et à Montréal au festival Fantasia à la fin du mois. Sorti trois ans après la fin de la série qui finalement n’a connu qu’un succès critique plutôt qu’un succès commercial, ce film aurait pu être l’occasion de redonner un second souffle à un anime qui aurait mérité plus d’attention de la part du grand public. Aurait pu.


Le studio Bones a fait le choix pour ce film de l’univers alternatif (ou parallèle), c’est à dire qu’on reprend plus ou moins les mêmes personnages, plus ou moins le même background de base, et on change les évènements. Ici on retrouve bien nos personnages fétiches dans le chara-design, mais leurs réactions, motivations et caractères changent du tout au tout. Même chose pour le pitch de base : l’Humanité ne se bat plus contre les Coraliens mais l’Image. Mais ici ce n’est rien de plus qu’un changement de nom, en enlevant tout le background propre à ces êtres au passage, si bien que jusqu’au bout on ne sait ni d’où ils viennent, ni ce qu’ils veulent exactement.

Le gros intérêt de l’univers alternatif en général est de proposer une vision différente du monde d’origine, en partant du postulat « qu’est-ce qui se serait passé si… ». Cela permet d’apporter des compléments sur les personnages par exemple, et de mettre en relief l’œuvre initiale. Seulement, ici Bones a tellement voulu s’éloigner de la série qu’il n’en reste plus grand chose, excepté le chara-design. Les changements sont parfois radicaux, et même discutables pour certains (était-il vraiment utile de transformer le Nirvash en mascotte kawaii qui fait Mokyu ?). L’ambiance n’est pas la même, ni le message apporté, ni le scénario, ni les personnages (malgré leur apparence). Ça commence à faire beaucoup, et on finit inévitablement par se demander pourquoi le studio n’a pas choisi de faire une œuvre entièrement originale, plutôt que de reprendre une licence déjà existante.

Réponse qui se trouve sans doute dans la réutilisation de scènes déjà animées dans la série. Pour une œuvre qui se veut entièrement nouvelle et différente, ça la fout quand même mal de repomper des scènes déjà vues. Et ce n’est même pas discret, quasiment toutes les scènes de bastons aériennes, excepté la dernière, sont tirées de l’anime. Légèrement remontées et passées au format film certes, mais ça ne trompera pas le fan aguerri qui, essayant bravement de s’adapter à cette nouvelle perspective et ces changements, se verra brutalement ramené vers ses souvenirs de la série à cause de ces scènes.

L’intention de vouloir s’éloigner le plus possible du scénario de base pour surprendre est louable, mais encore faut-il que ça tienne debout ! C’est bien beau de changer l’univers et le background, mais si c’est pour ne pas expliquer grand chose et laisser les spectateurs faire des parallèles avec la série pour tenter de comprendre, ça ne sert à rien, bon sang ! Tout reste flou dans ce film, on se sait pas vers où ils veulent en venir, les motivations des personnages sont obscures, l’ennemi sort littéralement de nulle part et la fin est un modèle de conclusion ouverto-wtfesque. Du coup il en devient incompréhensible pour ceux qui ne connaissent pas un minimum la série, tant le scénario est confus, entre les fausses pistes, les dialogues hors de propos et les aspects de l’histoire et les personnages qui ne servent à rien.

Reste une animation et des graphismes toujours soignés, même si pas au top de ce qui se fait actuellement. Forcément, ils ont dû garder une certaine constance par rapport aux scènes reprises de l’anime. Une musique toujours réussie, et avec en prime un générique de fin envoûtant signé iLL, clin d’œil à la chanson Storywriter de Supercar qu’on a pu entendre à certains moments clés de la série (les deux groupes ont en commun le leader Nakamura Koji).


Mais ça ne suffit pas à masquer la déception qu’est ce film. Totalement abscons pour les néophytes de par son scénario fumeux, et encore plus incompréhensible pour les fans de la série de par ses choix douteux et son regard tellement nouveau sur l’univers d’Eureka seveN qu’il en devient une œuvre qui n’a finalement plus grand chose à voir. On se demande donc bien quel était le but derrière ce long métrage, qui arrive trois ans après la bataille, mais qui ne dispose pas de suffisamment d’atouts pour relancer une licence qui de toute façon, n’avait connu qu’un succès d’estime à l’époque. Tout ce qu’il aura réussi, c’est de couper toute envie de voir la série aux quelques malheureux qui s’essaieront au film en premier pour voir ce que ça donne. Ça nous donne un bon exemple de tentative ratée de revival d’une série qui se suffisait largement à elle-même.

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