Aspect quasiment absent d’un point de vue scénaristique, Eureka seveN est pourtant bourré de clins d’oeil à la culture musicale. Preuve une fois de plus s’il en était besoin, du background réfléchi et fouillé de cette série spécialement conçue pour le format TV. Eacil avait fort bien développé il y a quelques mois de cela quelques unes des références littéraires présentes dans la série, je vais donc évoquer (de manière bien moins analytique certes) un autre point intéressant et plutôt bien développé. Comme quoi, pas besoin de sound boosters, de deculture ou de robots chantants pour parler musique dans un anime de mecha.


Dai Sato, scénariste et créateur de la série, est un homme passionné par la musique, étant musicien lui-même et ayant crée un label indie japonais (Frogman Records) et a voulu faire passer ses références personnelles à travers la série. Si nous verrons que ces clins d’oeil abordent d’autres styles et périodes, la plupart sont centrées sur la musique électronique anglaise période fin 80’s/début 90’s, correspondant à l’émergence des raves et du mouvement acid-house. Le lien le plus évident est bien sûr l’évocation du Summer of Love, évènement important correspondant dans la série au bouleversement dans les flux de Trapar qui a suivi la première mise en contact de l’Amita Drive et du Nirvash. Ce nom fait référence non pas au premier Summer of Love du mouvement hippie des années 60, mais au Second, terme désigné pour qualifier les étés 1988 et 1989 en Angleterre, reflet de l’euphorie et de l’enthousiasme des jeunes suite à l’apparition des raves. Toujours dans les liens directs : les épisodes 16 à 19 se déroulent dans une mine abandonnée se trouvant dans une région nommée Hacienda. Référence directe au club anglais du même nom, une des boîtes pionnières du mouvement. Il y a également dans la série un clin d’oeil au phénomène des raves dans l’épisode 24 où Renton se retrouve au beau milieu d’une fête semble-t-il improvisée au milieu d’une place vide où il dormait tranquillement. Une scène légèrement surréaliste où des individus d’apparence complètement différentes dansent ensemble au son d’une musique aux sonorités Trance.

Au passage, si le sujet vous intéresse, je vous recommande chaudement le documentaire Techno Story disponible sur Dailymotion, notamment la partie « Le temps des raves », fort à propos ici.

Pour la symbolique, il y a un parallèle évident à faire entre le phénomène des ravers anglais cherchant la liberté et le plaisir dans un contexte de crise économique et où une certaine Dame tenait d’une main de fer le pays, et le Gekko State et leur statut de hors la loi en opposition avec le gouvernement. L’équipage du Gekko est d’ailleurs très éclectique, réunissant des personnages visuellement et aux moeurs complètement différentes, reflet de l’aspect communautaire de ce mouvement musical qui réunissait toutes les catégories de jeunes sans exception. Quant au rapprochement avec le style musical en lui-même, il est à mon avis à trouver dans le côté machinal et « froid » de la techno, qui symbolise le monde désolé d’Eureka seveN, un monde froid et sans végétation aucune, où la technologie et les machines sont prépondérantes.


Mettons un peu les mains dans le cambouis et allons chercher les autres références qui se cachent dans la série. Les Thurston tout d’abord, tirent chacun leur nom d’un représentant d’un courant musical, symbolisant chacun une génération différente. Le rock est représenté à la fois par le nom de famille, tiré de Thurston Moore, leader du groupe Sonic Youth, et par le grand-père Axel nommé d’après Axl Rose, leader des Guns N’ Roses (si le seul nom Axel vous paraît un peu léger pour faire un rapprochement, sachez que sa femme qui n’apparait jamais est révélée dans le dernier épisode s’appeler… Rose !). Le père : Adrock, représente le hip-hop, son nom faisant référence à Ad Rock, leader des Beastie Boys. Ses assistants qu’on ne voit que très brièvement en flashback sont d’ailleurs nommés les Dr. Yauch et Diamond, complétant ainsi le trio puisque ce ne sont autre que les noms des deux autres membres des Beastie. Enfin, Renton (ainsi que sa soeur Diane) est un peu différent puisqu’il n’est pas prénommé d’après un artiste musical, mais un héros de roman (adapté par la suite en film) : Mark Renton de Trainspotting. Ceci dit, ce film traite de la toxicomanie et possédant une bande-son parmi les plus prisées du genre contenant notamment des groupes qu’on retrouvera cités un peu plus bas comme Underworld, New Order ou encore Primal Scream. Le rapprochement avec la musique électronique est donc bien présent. Personnage plus anecdotique : le sympathique Moondoggie est pourtant lui aussi représentant du courant musical associée à la génération de Renton, puisque son vrai nom est révélé être James Darren Emerson (visible quand il montre son permis de pilotage à Talho et Holland). Darren Emerson est un célèbre DJ qui a notamment fait partie dans les années 90 du groupe anglais Underworld.

Etant donné que la techno est toujours associé à la froideur des machines (et ce dès les années 70 avec les délires de Kraftwerk), il n’en est que plus naturel de savoir que quasiment tous les modèles de mecha de la série soient liés à ce courant musical. Les mechas d’Eureka seveN ont pour nom générique les LFO (pour Light Finding Operation). Egalement le nom d’un groupe anglais, pionniers de l’éminent label Warp qui est une référence en terme d’électro. Les LFO à usage militaire sont appelés des KLF, autre groupe anglais de la fin des années 80. Tous les sous-modèles (typeB303, typeR808, Mon-Soono type10, etc.) sont quant à eux tirés de noms de synthétiseurs des marques Roland (TB-303 et TB-808) et Korg (MS-10) respectivement. On retiendra notamment le TB-303, synthétiseur qui a forgé le son acid-house de la fin des années 80 justement (regardez un peu). Enfin, le vaisseau principal de Dewey est appelé le AFX. Qui n’est autre qu’un des nombreux alias d’Aphex Twin, autre pionnier de Warp et surtout l’un des plus grands noms de la musique électronique et aussi l’un des plus versatiles.


Dernier point qui mérite d’être évoqué dans ce domaine : une partie non négligeable des titres d’épisodes sont des références directes à des musiques ou chansons. Et comme la plupart d’entre elles sont de groupes anglais de la période fin 80’s/début 90’s filiation ne fait aucun doute. On peut toujours trouver des clins d’oeil partout (surtout avec le nombre de chansons qu’il existe sur Terre), je me bornerai donc aux plus évidents et confirmés par le style musical :

  • Episode 1 : Blue Monday du groupe New Order, sorti en 1984. Sans doute leur single le plus connu et le plus influentiel.
  • Episode 10 : Higher than the Sun de Primal Scream, sorti en 1991 sur l’album Screamadelica. Album qui a énormément influencé sur le son de l’électronique des années 90.
  • Episode 11 : Into the Nature de Hardfloor sorti en 1993. Un des groupes les plus emblématiques du son Acid, notamment grâce à leur usage répété du synthétiseur Roland TB-303 évoqué plus haut. Leur morceau le plus connu reste…
  • Episode 12 : Acperience 1 toujours de Hardfloor, même album. Morceau acid tout à fait épique (surtout en version longue de 9 min) et totalement représentative du genre. On retrouvera trois autres épisodes (les 19, 41 et 47) nommés respectivement Acperience 2, 3 et 4.
  • Episode 15 : Human Behaviour de Björk, sorti en 1993. Morceau plutôt orienté trip-hop downtempo. Pas vraiment de rapport à priori, mais la belle islandaise a par la suite collaboré avec Mark Bell (leader de LFO) pour produire son album Homogenic pour sortir des trucs de fou dans ce style.
  • Episode 18 : Ill Communication, nom d’un album des Beastie Boys, sur lequel on retrouve entre autres singles le titre Sabotage. Vu qu’on les a déjà retrouvés référencés plus haut dans le nom du père de Renton, rien d’étonnant à les retrouver là.
  • Episode 42 : Star Dancer, de Red Planet, sorti en 1993.
5 réponses à “Références musicales dans Eureka seveN”
  1. Rukawa dit :

    Whaw, j’ai appris des trucs.

    j’avais remarqué quelques références littéraires, mais pas vraiment musicale.
    Kyoda, le réalisateur m’avait affirmé dans une interview (qu’il faudrait que je publieà, qu’il lisait un bouquin par semaine).

  2. Kirox dit :

    Je pense qu’elles viennent toutes de Dai Sato en fait, c’est lui qui a confirmé plusieurs d’entre elles en interviews.

    D’ailleurs il ne fait pas partie du staff du film, et bizarrement on ne retrouve aucune de ces références dedans (aucune mention du Summer of love par exemple, et il me semble que mêmes les mechas ne sont plus nommés LFO).

  3. FFenril dit :

    Woah, il y avait tout ça de références musicales dans Eureka 7 O_O Je n’avais absolument rien capté Oo

    Anecdotique aussi par contre sur la musique de Eureka 7, l’OP4 Sakura qui reprend dans sa version TV le « Amazing grace, how sweet the sound » de l’hymne Amazing Grace, qui a peut-être bien été rajouté dans la chanson après demande du staff à Nirgilis étant donné que le single dispose d’une version avec et sans ce choeur à son début (seule différence entre Sakura ~cherry blossom~ et Sakura)

    [Et c’est la seule chose que je savais sur la musique de cette série, haha ^^]

  4. Les noms d’épisodes font aussi référence à la culture Rock, par exemple l’épisode 26 s’appelle « Morning Glory » qui est une chanson d’Oasis. Le 27 a un titre encore plus évident : « Helter Skelter », une célèbre chanson des Beatles.
    Puis, je pense aussi que « ageha » (quand Dewey forme l’Ageha Squad et le projet Ageha), certes ça veut dire « papillon de nuit », mais ça fait référence à une des plus célèbre boites de nuit de Tokyo (et de toute l’asie) l' »ageHa » ( http://www.ageha.com/ ).

    Eureka Seven est bien plus qu’une simple série avec des filles aux cheveux bleus et des mecchas piou-piou qui font du surf …

  5. pattosai dit :

    Eh beh, j’étais vraiment passé à côté de toutes ces références. En même temps, vu ma capacité à retenir les titres de chansons ou les membres de groupes, ce n’est pas si étonnant, surtout que je ne suis pas vraiment fan de musique électronique.

  6.